« On n’aura pas les Jeux ? Ce n’est pas grave. L’OGC Nice pourra jouer à l’Allianz Riviera, au plus haut niveau du football français, en 2030 » c’est par ces mots qu’Eric Ciotti a réagi vendredi soir à l’annonce du départ des Jeux Olympiques de 2030 vers Lyon.
Le maire d’extrême droite de Nice a immédiatement vu une décision politique : «Tout porte à croire que cette décision relève davantage d’un choix politicien guidé par la satisfaction de lobbys privés que de considérations techniques ou organisationnelles, et qu’elle vise à sanctionner les Niçois pour le vote qu’ils ont librement exprimé dans les urnes » a-t-il déclaré dans un communiqué de presse.
Le départ des Jeux de Nice est pourtant la conséquence de son entêtement à refuser de mettre à disposition le stade de Nice pendant quelques mois comme c'était prévu dès le départ avec le CIO et le COJOP 2030. Un blocage qui va coûter très cher aux Niçois et à toute la Région Provence Alpes Côte d’Azur.
Amélie Oudéa-Castéra, l’ancienne ministre des sports et actuelle présidente du CNOSF l’a rappelé ce weekend, ce n’est pas une décision politique mais la conséquence du blocage niçois : « Une fois l’option de l’Allianz Riviera définitivement exclue, le choix du COJOP de sortir de Nice le pôle a été validé par toutes les parties prenantes de la gouvernance d’Alpes 2030 avec regret mais dans un esprit de responsabilité parce qu’il était devenu la seule option réaliste. »
Le pôle glace était la véritable pépite de ces Jeux Olympiques : En se basant sur les chiffres de Milan Cortina, on pouvait espérer entre 400 et 500 000 spectateurs cumulés sur les épreuves à Nice. Le hockey sur glace représentait à lui seul 60% des recettes de billetterie de tous les Jeux, avec une clientèle souvent anglo-saxonne à fort pouvoir d’achat. Nice et son pôle de glace était le cluster le plus prometteur en termes d'accueil de spectateurs.
Dans un courrier envoyé au maire de Nice, le président de la Région Renaud Muselier détaille les conséquences économiques de départ des Jeux. La liste est longue et le montant total du manque à gagner pour la ville de Nice et même la région s’approche du milliard d’euros selon le président de la Région.
Voici donc les vrais chiffres et le montant estimé du véritable coût du départ des Jeux Olympiques de Nice en 2030.
La SOLIDEO, l’organisme en charge de la livraison des ouvrages olympique avait deux grands projets à Nice : la création d’un village olympique pour accueillir les athlètes et une nouvelle patinoire, en remplacement de l’actuelle vieillissante. Nice était d’ailleurs la seule ville à bénéficier d’un équipement sportif neuf pour ces Jeux Olympiques.
Nice était ainsi le seul site olympique à pouvoir profiter d’un tel héritage après les Jeux : une patinoire neuve, et un village olympique transformé en 400 logements dans une ville soumise à une forte tension immobilière. Tout ceci étant en large partie financée par le COJOP, c’est-à-dire la Région Sud, l’Etat et les partenaires de ces Jeux.
Le comité d'organisation des Jeux Olympiques avait programmé 300 millions d'euros d'investissements à Nice.
Il n’y a donc aucun débat possible sur ces montants : Ils sont intégralement perdus pour Nice. Au dela des investissements perdus, il y aura aussi un coût pour les contribuables car les appels d’offres, marchés publics et chantiers étaient sur le point de démarrer, et il va falloir désormais indemniser les entreprises retenues et qui ont travaillé sur le dossier niçois.
La Région Provence Alpes Côte d’Azur est un financeur majeur de ces Jeux, mais la ville, la métropole et le département devaient aussi participer à hauteur de 140 millions d’euros. Si « Éric Ciotti annonce que ces moyens financiers seront réorientés vers les équipements sportifs du quotidien », c'est-à-dire des clubs et installations niçoises, une partie de ce montant pourrait être malgré tout perdu pour indemniser ces entreprises.
Au-delà des entreprises chargées de la construction de ces ouvrages, c’est tout un écosystème régional qui est touché par l’abandon du projet niçois : Des milliers d’emplois devaient être pourvus à la fois dans l’organisation des épreuves et l’accueil des athlètes, mais surtout, dans les entreprises du tourisme de la Côte d’Azur.
Renaud Muselier rappelle que « La Coupe du monde de rugby 2023 a généré environ 148 millions d’euros de retombées économiques à Nice, pour seulement quatre matchs organisés à l’Allianz Riviera. » Avec ces centaines de milliers de spectateurs attendus pendant deux semaines, l’impact sur les entreprises liées au tourisme s’annonçait particulièrement prometteur pour la ville.
Cet impact était d'autant plus interessant que les Jeux ont lieu durant un premier trimestre toujours plus faible que le reste de l’année. Restaurants, hôtels, tour-operators, commerces du centre-ville… Nice vient de saborder une opportunité unique de renforcer son tissu économique comme ce fut le cas à Paris ou Marseille en 2024.
« Les retombées touristiques et événementielles directes perdues peuvent être raisonnablement estimées entre 180 et 280 millions d’euros. » Renaud Muselier
A titre de comparaison, les retombées pour les Jeux Olympiques se sont chiffrées à 205 millions d’euros à Marseille en 2024 par le cabinet d’études indépendant Approbans. Ces dépenses s’étaient réparties à moitié entre les dépenses des 500.000 spectateurs et celles des organisateurs et équipes présentes à Marseille.
Pour Nice, on pouvait tabler sur un peu moins de visiteurs mais une présence bien plus massive des participants aux Jeux, et notamment du centre des médias, avec des milliers de journalistes présents durant la quinzaine des Jeux.
La fourchette avancée par Renaud Muselier semble donc cohérente.
L’arrivée de l’extrême droite à la tête de la ville avait pu inquiéter les touristes étrangers et certains acteurs économiques. Ce refus d’accueillir les Jeux Olympiques dans les conditions prévues par le CIO et le COJOP va considérablement casser l’image de Nice au plan international. Depuis deux ans pourtant, Nice s’offrait une envergure internationale en accueillant le Tour de France et surtout l’UNOC 2025.
« Nice perd également une occasion historique de devenir un laboratoire mondial d’innovation appliquée aux grands événements, au sport, à la transition énergétique et aux technologies urbaines, en s’appuyant notamment sur l’écosystème unique de Sophia Antipolis, première technopole européenne. » explique Renaud Muselier dans son courrier au maire de Nice.
Après l’épisode de l’abandon du soutien aux trails organisés à Nice et donc désormais celui des Jeux Olympiques, difficile d’imaginer que des organisateurs de congrès internationaux ou d’événements sportifs aient encore la volonté de venir à Nice.
Cet impact est aujourd’hui impossible à chiffrer, mais il est certain qu’en seulement quelques semaines de mandat, le maire UDR-RN de Nice a déjà considérablement abîmé l’image de la ville auprès des professionnels de l’événementiel.
Avec un centre des médias, des centaines d’heures de retransmissions TV et la cérémonie de clôture, Nice avait une occasion exceptionnelle de s’afficher dans le monde entier.
« À Milan-Cortina, les Jeux ont généré près de 3 milliards de téléspectateurs cumulés à travers le monde. La seule cérémonie de clôture représentant une audience mondiale estimée à 600 millions de téléspectateurs. » Renaud Muselier
Ces chiffres d’audience sont factuellement justes, mais c’est toujours très difficile de les valoriser économiquement.
Dans son courrier, Renaud Muselier estime la valeur de cette exposition entre 100 et 200 millions d’euros en équivalent de valorisation média, c'est-à-dire l’équivalent qu’il aurait fallu dépenser à Nice pour s’offrir des encarts publicitaires.
Ce chiffre est donc soumis à débat, car on ne peut pas réellement comparer une cérémonie de clôture sur la Promenade des Anglais diffusée dans le monde entier à des pages ou spots publicitaires achetés dans des médias internationaux. En d’autres termes, une telle exposition n’a pas de prix, tellement elle est rare et valorisante pour la destination.
Une chose est certaine : Enormément de villes veulent accueillir les Jeux Olympiques car c’est un formidable accélérateur pour leur image touristique à l’international. Nice disposant déjà d’infrastructures hôtelières performantes et d’un aéroport international, cet impact touristique aurait été plus facile à mesurer a posteriori.
L’organisation des Jeux Olympiques permet aussi aux territoires d’accélérer ou de créer de nouveaux équipements structurants. A Nice, certains projets ont été « accélérés » grâce aux Jeux Olympiques. C’est-à-dire qu’ils devaient se faire dans tous les cas, mais l’arrivée des Jeux a permis de leur donner un coup d’accélérateur avec la nécessité d’être livrés avant 2030.
Avec l’annulation des Jeux, la pression retombe sur les projets en cours car il n’y a plus l’impérieuse nécessité de livrer dans les temps. Renaud Muselier prend l’exemple de la Gare Nice Aéroport et ses 271 millions d’euros d’investissement. « Le retrait des épreuves glace entraînera un relâchement automatique de la pression sur lecalendrier de livraison, faisant peser un risque réel sur cette échéance, avec desconséquences délétères sur l’attractivité du territoire, la desserte de l’aéroport, le tourismeet les mobilités du quotidien. »
A priori, il n’y aura aucune annulation de projets pour Nice et sa métropole, d’autant plus que les travaux et financements sont déjà engagés, mais plutôt des retards et de nouveaux projets qui attendrons.
Il est donc très complexe de chiffrer le coût réel de ces reports, mais il est certain que cela impactera réellement le quotidien des Niçois.
Le vrai chiffre de la perte des Jeux pour Nice : au minimum 600 millions d’euros, mais probablement bien plus. C’est finalement d’ici 2030 que l’on pourra voir si la ville dirigée par l’extrême droite arrive malgré tout à recréer une dynamique touristique équivalente.
Les mauvaises langues diront que sur la saison 2029-2030, l’OGC Nice aura donc l’un des plus gros budget de la Ligue 1. Une saison qui coutera donc indirectement au minimum plus de 600 millions d’euros aux Niçois.
Il faudra donc savourer cette saison, puisque qu’avec environ 500 000 spectateurs cumulés sur la saison, chaque billet vendu représentera l’équivalent de 1 200€ de manque à gagner pour la ville !