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Marseille accueille t-elle trop de touristes? La ville relance le débat

Après un été 2020 compliqué à cause d'une sur-fréquentation touristique à Marseille, les institutions locales travaillent sur la bonne stratégie pour réussir la saison estivale 2021. La Ville de Marseille souhaiterait réduire les actions de promotion du territoire au profit d'un meilleur accueil des touristes sur la commune.

Publié par Jean-Baptiste Fontana le 21/04/2021
Marseille accueille t-elle trop de touristes? La ville relance le débat

Plages bondées, calanques en état surchauffe, bouchons interminables et bus pleins à craquer, incivilités… Si les touristes, en grande majorité Français, étaient bien présents l’été dernier à Marseille, le constat est unanime : cette sur-fréquentation n’est plus vivable au point que certains commencent réellement à douter de l'intérêt de cette manne touristique.

« Personne n’a été en capacité de gérer ce niveau de touristes l’été dernier. La fréquentation des plages a bondi de 60%. Et on s’attend à la même fréquentation cet été.» Laurent Lhardit, adjoint à l’économie et au tourisme à la Ville de Marseille

Un nouveau bras de fer entre l’Office Métropolitain du Tourisme et la Ville de Marseille

Depuis les élections municipales, Marseille est dans une situation paradoxale : la compétence du tourisme est déléguée à l’office du tourisme, et celui-ci est métropolitain et donc géré par la droite là où la ville a basculé à gauche.

La stratégie globale est très différente : d’un côté l’Office du Tourisme Métropolitain souhaite investir dans la campagne de promotion ‘on a tous besoin du sud’ menée avec le Comité Régional du Tourisme. Il a prévu d’allouer un million d’euros dans une vaste campagne de publicité qui a tout de même prévu de marquer une pause durant juillet et août, justement pour éviter la sur-fréquentation.

« Les réservations sont plutôt bonnes (à l’échelle régionale –NDLR-), on devrait réaliser une bonne saison » François De Canson, le Président du Comité Régional du Tourisme

Cette campagne promotionnelle vise à promouvoir la destination Marseille en France et en Europe, en attendant de pouvoir accueillir à nouveaux les touristes du reste du monde.

De l’autre côté, la ville souhaite donner la priorité à l’accueil des touristes, sans forcément en accueillir davantage.

« On souhaite réorienter les moyens de l’attractivité vers une stratégie d’accueil » Laurent Lhardit, adjoint à l’économie et au tourisme

« Avec 500 à 600 000 euros, on peut recruter une centaine d’agents cet été. Ces équipes apporteront de l’aide aux touristes, mais aussi aux professionnels » explique Laurent Lhardit, qui souhaiterait une réorientation des budgets de l’Office du Tourisme pour cette mission. Ces médiateurs seraient déployés dans les lieux trop fréquentés de la ville et conseilleraient alors les touristes sur d’autres secteurs à découvrir.

 

Refroidir les points chauds

« On a des points chauds, on veut un peu les tiédir en répartissant les visiteurs dans la ville » explique Laurent Lhardit. C’est d’ailleurs une volonté partagée avec Didier Réault, le Président du Parc National des Calanques : mieux informer les visiteurs sur les alternatives aux spots hyper fréquentés.

Mais où répartir ces touristes? Certes, la ville dispose de nombreux atouts touristiques avec d’autres musées, ou lieux de balade, mais aujourd’hui, pour la question des plages, la saturation est quasiment uniforme sur tout le littoral marseillais. « Bien sûr que l’on ne va pas créer de nouvelles plages » reconnaît l’élu qui espère aussi une meilleure répartition horaire de ces plages, en matinée et en soirée par exemple.

 

 

Pas de quotas, mais des accès rendus plus difficile

La solution extrême de mettre en place des quotas, notamment dans les calanques, semble pour l’heure oubliée. Mais sur certains sites, elle pourrait être à nouveau nécessaire : Trop fréquentée, l’accès à la Plage des Catalans a plusieurs fois été limité à une jauge définie, par le passé et l’an dernier suite à la covid. C’est d’ailleurs le contexte sanitaire qui impose parfois des quotas d’accueil dans les lieux publics, et a fortiori, touristiques.

Une des alternatives choisies par les institutions locales est de compliquer l’accès aux sites pour décourager les visiteurs de d’y rendre en voiture. C’est par exemple le cas dans le secteur des Goudes.

 

Ré-inventer le tourisme à Marseille: Vers la mise en place d’un laboratoire d’innovation touristique

Aujourd’hui, on observe un changement profond dans la stratégie d’accueil touristique de la part de la ville. C’est le cas par exemple des croisiéristes. Avant la crise, Marseille en accueillait près de deux millions chaque année. La nouvelle municipalité s’interroge sur l’impact bref et réel sur l’économie de la ville. « On souhaite des études fiables. Les croisiéristes, ce sont des flux soudains extrêmement forts, avec des bus qui se concentrent et des visiteurs qui restent trois heures dans la ville» pointe Laurent Lhardit. L’élu qui souligne aussi le stress que cela engendre pour les commerces et l’équilibre du centre ville. « Je n’ai rien contre les croisiéristes, mais je constate que ce sont les savons de Marseille fabriqués en Chine que ces croisiéristes achètent. »

La ville souhaite créer une task force du tourisme associée à une réflexion plus large sur de nouvelles pratiques : transformer un tourisme quantitatif en tourisme qualitatif.

 

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