Traditionnellement, les Médahates (les louangeuses) étaient des laissées-pour-compte qui gagnaient leur vie en animant les fêtes et les rites de passage dans les campagnes de l’ouest-algérien. Chants sacrés tirés des répertoires soufis, inspirés de la poésie populaire ou issus des improvisations des femmes cheikhates elles-mêmes, cette tradition jouée à l’origine devant un auditoire exclusivement féminin, a gagné le secret des tavernes dans la période coloniale. Le souffle puissant des voix, le son envoûtant des bendirs ou des rababs qui conduisent à la danse et à la transe, se veulent alors aussi porteurs de message de liberté pour les femmes, dénoncent les travers de la société, les abus de pouvoir, s’immiscent dans l’intime en parlant, parfois crûment, de sexualité. Cheikha Remitti fut l’icône incontestée de ce registre irrévérencieux du raï !
Avec cette création, Sofiane Saidi a souhaité leur rendre hommage. Si les voix restent ici au cœur du projet, les cordes lancinantes du rabab sont remplacées par le violon de Théo Ceccaldi et le violoncelle de son frère Valentin, les percussions conservent la puissance hypnotique des traditionnels bendirs et les claviers s’invitent pour moderniser une musique de leurs origines. En effet, si les deux frères ont des racines plantées du côté de Constantine, le Prince du raï 3.0 a fait ses premières armes dans les cabarets de Siddi Bel Abbès tandis que Camélia est une descendante d’immigrés algériens et amazigh. En écho d’un passé qui a laissé sa trace indélébile, ils rendent un hommage vibrant aux femmes, à l’Algérie et à l’art comme lieu de résistance !
Tantôt reconnues, tantôt marginalisées pour leur liberté de ton comme de mœurs, les Cheikhates incarnent une vieille tradition musicale orale, l’aïta, rituel incontournable des fêtes marocaines. Souvent transgressive, parfois grivoise, cette poésie populaire permet d’aborder le quotidien, dénoncer des sujets sociétaux ou tabous…
Pionnière de la jeune scène marocaine, la rappeuse WIDAD MJAMA arrache de l’oubli ce fascinant matrimoine rural en le faisant résonner à l’ère numérique. Avec le Tunisien KHALIL EPI, multi-instrumentiste et figure de la scène jazz-électro arabe, elle réhabilite un rituel séculaire exigeant, porté jusque-là par les gardiennes de la tradition. Le réactualisant sans le dénaturer, et dans une sororité revendiquée, sa voix puissante lance un cri (aïta) d’amour pour ces répertoires ruraux tandis que les expérimentations électro-rock de son comparse insufflent une énergie nouvelle aux sons originellement déjà très rythmés par les percussions, cordes et chœur traditionnel interprêtés par des musiciens spécialement venus d'Abda – berceau de l'aïta. Une immersion dans l’histoire et l’avenir du Maroc qui donne à connaître au monde cette musique résolument actuelle et libératrice !
>Infos/Billetterie en ligne : www.suds-arles.com