En décidant d’orchestrer cette suite pour big band, et en confiant à ses compagnons de musique, la mission de la faire résonner à sa juste mesure, Christophe Dal Sasso n’a pas fait acte de sacrilège. Au contraire.
Respectant l’architecture de l’œuvre et ses quatre mouvements, son arrangement est fidèle à l’esprit fervent de la musique de John Coltrane qui brasse – dans une ode en filigrane de laquelle peut se lire l’odyssée du peuple noir américain – les réminiscences de l’Afrique, le lamento du blues, le cri du jazz et la vibration du gospel. Le passage à l’échelle d’un big band ne fait qu’en magnifier la densité, rappelant que, peu avant de se focaliser sur son quartet, Coltrane avait lui-même voulu explorer, dans l’album Africa/Brass, cette dimension de l’art du jazz et s’appuyer sur la puissance des cuivres pour tenter de renouer avec l’esprit du continent perdu. Investi par des solistes dont le développement personnel a été intimement marqué par la quête coltranienne, A Love Supreme résonne à nouveau, sous la direction de Christophe Dal Sasso, cinquante après, comme une œuvre intacte dont la force incantatoire et la charge émotionnelle touchent désormais à l’universel.

