Depuis 2007, les Jardins du Musée International de la Parfumerie accueillent régulièrement des propositions de création contemporaine, invitant des artistes à dialoguer avec le paysage, les collections végétales et l’histoire du lieu. Sculptures, installations ou interventions de land art ponctuent ainsi le parcours du visiteur et offrent de nouvelles lectures sensibles du jardin. Cette démarche s’inscrit dans la volonté des musées de Grasse de faire dialoguer patrimoine, nature et création contemporaine, tout en proposant au public une expérience esthétique renouvelée.
Dans cette continuité, les Jardins présentent cette année deux installations de l’artiste OYMAK : le Chameau et Jizô. Par leur présence au cœur du paysage, ces sculptures invitent à la contemplation et ouvrent un espace de réflexion sur les cheminements de l’esprit, entre ombre et éveil.
Marbre blanc de Carrare Cette sculpture incarne la première des « Trois Métamorphoses » de l’esprit décrites par Friedrich Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra : le Chameau. Le Chameau représente l’esprit qui s’incline sous le poids du devoir, des valeurs héritées et de la morale contraignante. Il est celui qui cherche la difficulté, qui « s’agenouille » pour recevoir les fardeaux les plus lourds par respect pour la tradition et l’effort. Dans les traits marqués de ce marbre de Carrare, on devine la souffrance de celui qui endure, qui porte le « Tu dois » comme une charge accablante à travers le désert de la conscience.
Cette œuvre unit la noblesse du marbre occidental à la figure de Jizô, le Bodhisattva de la compassion. C’est un être qui a atteint l’éveil mais qui choisit de rester dans le monde matériel pour aider les autres. Sa mission principale est de protéger ceux qui souffrent, particulièrementles enfants. Traditionnellement gardien des âmes enfantines au Japon, il incarne ici une résonance philosophique radicale : celle de l’Enfant, ultime étape des « Trois Métamorphoses » de l’esprit chez Friedrich Nietzsche. Après l’endurance du Chameau et la révolte du Lion, l’esprit devient Enfant. Dans la pureté du marbre de Carrare, ce Jizô ne se contente plus de protéger ; il célèbre l’état d’esprit de celui qui a conquis sa propre liberté.