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Made in Algeria : l'histoire d'un pays vue au travers de sa cartographie

La nouvelle exposition du MuCEM se tiendra du 20 janvier au 2 mai. Made in Algeria raconte la fabrique d'un territoire. Fascinant.

Publié par Redac . le 19/01/2016
Made in Algeria : l'histoire d'un pays vue au travers de sa cartographie

Made in Algeria : la fabrique d'un territoire

Le point de départ de l'exposition est un constat. "Au XVIIIème siècle, alors que les naturalistes cartographient le monde avec une bonne connaissance, l'Algérie reste méconnue" explique Zahia Rahmani responsable du domaine Arts et mondialisation à l'Institut national d'histoire de l'art lors de la présentation de l'exposition à la presse. Un constat qui a fait émergé la question du pourquoi, et généré un travail d'enquête autour de la cartographie de ce territoire.

Made in Algeria se décompose en quatre parties témoignant de l'histoire d'un pays mais surtout de l'évolution de la connaissance de ce dernier. Les oeuvres exposées sont issues de plusieurs horizons et notamment des fonds du Château de Versailles, du Centre Historique de la Défense et d'apports d'artistes contemporains. "La cartographie tient une place importante dans l'espace artistique contemporain", et c'est pourquoi les concepteurs de l'exposition ont tenu à laisser une place choisie aux oeuvres récentes.

Le nom de l'exposition s'est naturellement porté vers l'anglais. Déjà "car le MuCEM a une notoriété internationale", ensuite car l'objet du discours est "la fabrique de l'Algérie". Or, comme l'explique Zahia Rahmani, le mot "fabriquer" en français n'a pas la même force que le "made in" anglais qui évoque la construction du point de vue algérien. Car si "l'histoire de la cartographie est une histoire de vainqueurs", une histoire aussi belliqueuse, l'exposition laisse place à l'expression d'un peuple. 

Made in Algeria : cheminement d'une connaissance d'un territoire

L'exposition Made in Algeria est fascinante et la scénographie judicieuse permet de rapidement comprendre le fil. C'est un choix chronologique et thématique qui a été fait pour présenter les nombreuses oeuvres exposées.

Vue de loin pour la première partie évoque le territoire vu du large, vu avant la rencontre, avant 1830. On constate que l'Algérie a pendant longtemps était désignée comme une zone non étrangère à l'Europe. Un territoire vaste qu'il est impossible de délimiter. "Depuis toujours, la Méditerranée est fantasmée, Alger a été bâtie en face d'ilôts qui ont participé à la piraterie et généré le fanstame", explique Zahia Rahmani, et ce fantasme se transcrit dans la cartographie. 

Cette partie de l'exposition présente des oeuvres rares, comme celle du naturaliste Thomas Shaw qui a travaillé sur le paysage et fourni un ouvrage rare et fondamental. 

Tracer le territoire pour la seconde partie de l'exposition se concentre sur la période après 1830 et la colonisation. L'avancement dans le territoire jusqu'à l'occupation. Dans cette partie est exposée une oeuvre contemporaine qui fait sens avec la cartographie. Zined Sedira a filmé la route de Sidi-Ferruch en 2005. L'axe littoral Alger-Tipasa emprunté lors de la conquête était aussi le plus meurtrier du terrorisme dans les années 90. Un super 8 qui témoigne de la présence humaine souvent absente de la cartographie. Car si on peut lire quelques mentions qui prêtent à sourire comme "ici se trouvent les plus belles brunes d'Afrique du Nord", le peuple est souvent écarté des cartes. 

Capter l'Algérie transcrit l'occupation du territoire qui a donné lieu à un excès d'imagerie jusqu'à la fin de l'Algérie française. 

Au plus près enfin se concentre sur des oeuvres plus récentes produites après l'indépendance de l'Algérie. 

Made in Algeria est une très belle exposition que nous vous conseillons de découvrir accompagné d'un guide. Des rencontres seront prévues pendant l'exposition qui se tiendra du 20 janvier au 2 mai. Notamment une lecture donnée par Brigitte Fontaine très attendue. 

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