Pour Henri Matisse (1869-1954), les imprimés décoratifs, leur dynamisme, deviennent le moyen de créer un espace pictural qui « s’étend au-delà des limites du tangible1 » ; pour Yves Saint Laurent (1936-2008), la peinture offre la possibilité de passer du plan au volume, de concevoir le vêtement comme un mobile qui se déploie dans l’espace, un art en mouvement2. Coudre et peindre sont des gestes qui concourent à une « même expérimentation de la ligne, une même justesse dans le maniement des contrastes, entre les matières et le volume3 ». Henri Matisse et Yves Saint Laurent partagent à cet égard un champ lexical commun : « tailler dans la couleur », « taper dans la matière ».
L’artiste et le couturier partagent un terrain commun : celui d’un langage formel fondé sur la primauté du dessin. Chez l’un comme chez l’autre, le dessin, répétitif, devient un geste presque instinctif, immédiat. Chez Matisse, le dessin élimine le superflu pour atteindre une justesse expressive. Pour Yves Saint Laurent, il constitue l’acte fondateur de toute création. Avant l’atelier, avant le tissu, il y a le papier, sur lequel il trace, d’un geste presque spontané, la ligne essentielle. La ligne saisit l’allure, le port du corps, son équilibre, une silhouette déjà en mouvement qui prépare à la présence du modèle.
Aujourd’hui, la pertinence d’un rapprochement entre la mode et les arts plastiques n’est plus à démontrer ; l’intérêt pour la peinture est consubstantiel au travail d’Yves Saint Laurent, tandis que l’attrait de Matisse pour les arts appliqués est au cœur de son esthétique décorative. La résonance artistique entre les deux créateurs est évidente. Celle-ci repose sur un même système de références, sur les rapprochements entre leurs pratiques et les similitudes de leur regard, mais aussi sur leurs questionnements analogues sur le corps, la matière, la couleur, la lumière et le motif, ainsi que sur la pratique du dessin comme inépuisable source d’exploration.
L’exposition vise à mettre en lumière ces correspondances et à faire dialoguer les œuvres des deux artistes. Elle s’appuie sur les riches collections du Musée Matisse Nice et sur celles de la Fondation Pierre Bergé–Yves Saint Laurent, complétées par de prestigieux prêts, français et internationaux.