Au musée du Vieil Aix, Cézanne vu d’Aix. Entre légende et mémoire collective s’ouvre sur un constat paradoxal : si le peintre est omniprésent dans l’imaginaire local, aucune œuvre majeure n’est visible à Aix-en-Provence. L’exposition retrace donc la perception du peintre dans sa ville, entre 1895 — date de sa première rétrospective et de son installation définitive — et les années 1950.
La première salle propose un dialogue sensible entre Cézanne et ses contemporains aixois comme Joseph Ravaisou ou Cyrille Rougier. À travers des paysages familiers et des approches esthétiques convergentes, on devine un Cézanne encore marginal mais déjà soutenu par une poignée d’artistes locaux face à l’incompréhension générale.
Une seconde salle explore la construction d’une légende tenace : celle d’un Cézanne solitaire, aigri, presque ermite. Mais les pièces présentées — manuscrits, lettres, témoignages, et un album confidence dans lequel le peintre posait des questions à ses visiteurs - permettent de nuancer ce portrait Le peintre apparaît bien plus humain qu’on ne le croit, profondément lié à quelques amitiés fidèles, notamment celle du sculpteur Philippe Solari.
Autre temps fort de l’exposition : une salle inédite entièrement dédiée à ses opposants. Ces artistes issus de la bourgeoisie locale, comme Louis Gautier, voyaient en Cézanne un danger pour l’art académique. L’accrochage présente un triptyque classique de Gautier. Les 3 Provence - rhodanienne, alpine, méditerrannéenne - furent une commande de la ville au peintre. Des figures classiques de nues idéalisées, en décalage à ce que peut faire Cézanne.
À mesure que la notoriété de ce dernier grandit, les critiques locales redoublent. Dans la presse, Gautier signe sous le pseudonyme Artémis pour s’en prendre violemment au peintre. Dénonçant une peinture perçue comme anti-académique.
Le parcours se termine sur un espace consacré à la mémoire posthume de Cézanne. Écarté par les institutions de son vivant, il sera peu à peu réhabilité grâce à la Société Paul Cézanne, créée par Marcel Provence dans les années 1920. Mais les œuvres, elles, restent à l’étranger : l’exposition rappelle notamment l’échec retentissant de la Ville à racheter en 1969 une importante collection cédée à l’Université d’Aix par John Rewald.
Infos pratiques
Musée du Vieil Aix
13 Rue Gaston de Saporta, 13100 Aix-en-Provence
Du 6 juin 2025 au 4 janvier 2026
Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h
Tarif : 5 € (plein), 3,70 € (réduit), gratuit pour les moins de 26 ans
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