Look décontracté, casquette et lunettes, le prodigieux batteur qui fêtera ses 70 ans en août 2010, nous accueille chaleureusement pour 20 minutes d’interview.
Rencontre avec un artiste humble et généreux.
Sans vous et Fela Kuti, l’afrobeat n’existerait pas. Réalisiez-vous à l’époque que cela prendrait une telle ampleur, susciterait un tel engouement jusqu’à nos jours ?
En fait, cela a pris beaucoup de temps à cette époque au Nigeria. Mais nous croyions en ce que nous faisions et n’avons jamais cessé d’espérer et d’y croire. Il y avait beaucoup de compétitions autour de nous. L’afrobeat est une musique unique mais il fallait y croire. A cette époque les gens ne répondaient pas trop à notre musique et on aurait pu se décourager et tout abandonner. Si nous avions abandonné, la musique afrobeat n’existerait pas aujourd’hui. Mais nous y croyions et nous avions vraiment envie de continuer.
Quelle est la place de l’afro-beat et de la batterie dans votre vie. Pourriez-vous imaginer votre vie sans ?
Non, vraiment je ne pourrais pas. Comment vivre sans jouer de la batterie ? C’est impossible car c’est ma passion. Je n’imagine pas ma vie sans.
Votre musique est un mélange de différents rythmes (africains, soul, jazz, hip hop, parfois électro ou rock). Avez-vous envie d’expérimenter d’autres musiques ?
Vous savez, j’ai expérimenté l’afrobeat sous plusieurs formes. J’ai beaucoup mélangé avec l’afrobeat : hip hop, électro… Je pense que c’est une question de convictions. Je me connais, et ce que j’aime par dessus tout c’est la fusion avec les personnes. J’adore expérimenter et fusionner les musiques, peu importe quelles musiques je mixe et avec quel artiste je collabore. Pour moi c’est comme un nouveau vêtement. Je veux dire par là que ce sera de toute façon quelque chose de nouveau car issu de ma propre création et expérimentation.
Quels sont vos prochains projets musicaux ?
C’est difficile à dire car je pense rarement à ce que je ferai prochainement. J’aime finir les choses et me dire que j’ai été au bout d’un projet, que j’en ai assez ! A ce moment là seulement, je peux me pencher sur un nouveau projet.
Mais en réalité, quand je travaille sur un projet, je suis toujours sur d’autres productions en parallèle. Vous connaissez le projet « The Good, the Bad et the Queen » ?
Oui, avec Demon Albarn ?
Exactement ! Nous n’avons jamais vraiment fini et sommes déjà sur d’autres projets.
Vous avez un nouveau projet avec Demon Albarn ?
Oui j’ai un nouveau projet avec lui. Vous savez, j’apprécie beaucoup cet homme. C’est vraiment la personne avec qui j’ai le plus envie de collaborer en ce moment et avec qui j’aime travailler. C’est un musicien rock et moi je ne suis pas un musicien rock.
J’aime la diversité. Pour moi la musique fonctionne de la même manière. J’ai besoin de diversité.
J’ai adoré travailler avec Fela. Pour moi c’est un des meilleurs compositeurs, je dirais même que c’est le meilleur. J’aime le fait que nous ayons accompli des choses ensemble.
Pensez-vous à Fela quand vous composez ? Comment écrivez-vous vos morceaux ?
A vrai dire, je pense à moi quand je compose une musique. Fela est un artiste complet et cela se traduit dans sa manière de composer. Il écrit d’abord la mélodie, et ensuite vient la batterie. Ma manière de composer est différente de celle de Fela puisque j’écris d’abord la batterie. La batterie est la première chose à laquelle je pense quand je compose un morceau. J’ajoute les autres ingrédients après.
Quand j’ai rencontré Fela, je jouais déjà de la batterie à ma manière. Je ne jouais pas comme les autres batteurs du pays car je voulais dégager mon propre style et m’affranchir de la manière dont les batteurs jouent.
Je veux être moi-même. Pour moi c’est important.
J’ai du travailler dur pour m’émanciper. Avant de rencontrer Fela, tous les batteurs du pays me tiraillaient de questions pour savoir où j’avais appris à jouer et où je jouais de la batterie. Je leur répondais simplement : je joue de la batterie ! (Rires)
Fela ne pouvait croire que j’avais commencé à jouer en Afrique car il n’avait jamais rencontré de batteur jouant comme moi et ayant créé un tel style à la batterie.
Des producteurs de hip hop ont samplé certains de vos morceaux et particulièrement J Dilla qui a samplé votre morceau Asiko de l’album Black Voices. Qu’en pensez-vous ?
Je ne suis pas vraiment un fan de hip hop. Pour moi ce style est redondant, les morceaux identiques. C’est une musique que je trouve ennuyante. Parfois quand tu écoutes du hip hop en boucle et que tu ne connais pas les auteurs, tu penses que c’est le même artiste qui n’a cessé de tourner.
Mais cela ne me dérange pas, c’est ok.
Quel type de message souhaitez-vous délivrer à travers vos morceaux ?
Je pense comme un musicien. On peut faire passer tous les messages à travers la musique. Il y a beaucoup de messages dans l’afrobeat. Moi je ne suis pas militant, je ne délivre pas de messages politiques. J’observe les choses autour de moi et si j’ai envie de parler d’un sujet, je le fais.
En ce moment ce sont les autres que je souhaite exposer. Ce que je veux c’est créer, expérimenter, fusionner !
Y-a-t-il des artistes français avec lesquels vous souhaiteriez travailler ?
J’ai déjà travaillé avec un bon nombre d’artistes français : Jean-Louis Aubert, Charlotte Gainsbourg, Air… Si certains artistes français veulent jouer avec moi, qu’ils n’hésitent pas à me contacter, je suis ouvert.
Pour finir, aimez-vous la ville de Marseille ?
Marseille n’est pas comme Paris, c’est une ville complètement différente. Je préfère Marseille à Paris car je viens d’un pays ensoleillé. Et à Marseille il y a du soleil. J’aime aussi beaucoup l’ambiance de cette ville. A Paris tu es obligé de voyager si tu veux voir la mer. Je préfère vraiment Marseille !
Linda Mouffek