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Aménagements, balades, budget, rooftop... Tout ce qu'il faut savoir sur le futur Fort d'Entrecasteaux

C'est un lieu fermé depuis 350 ans qui va enfin s'ouvrir au public. Sur 5,4 ha, le Fort d'Entrecasteaux va devenir un véritable bastion culturel à Marseille.

Publié par Jean-Baptiste Fontana le 09/10/2018 - Modifié le 10/10/18 15:48
Programmation, rooftop, budget, espaces de balades... Tout ce qu'il faut savoir sur le futur Fort d'Entrecasteaux

Il y a quelques jours Frequence-sud.fr révelait que le Fort d'Entrecasteaux allait devenir un grand centre d'art contemporain. Ce lundi, la ville a acté qu'elle confiait au Groupe SOS la gestion du lieu pendant 40 ans. Si les modalités financières restent à définir, on vous dévoile aujourd'hui ce que sera le futur Fort d'Entrecasteaux.

Un lieu de balade gratuit

On connassait le fort Saint Jean, qui est devenu depuis 2013 un incontournable pour les visiteurs et les Marseillais. Un lieu de promenade populaire, majestueux et gratuit. L'histoire devrait se répéter avec le fort d’Entrecasteaux qui a tout pour connaître le même destin.

Des oeuvres d'art monumentales, un cheminement végétal, une micro-ferme et des points de vue exceptionnels... La plus grande partie du fort est en exterieur.

En effet, sur les 5,4 hectares du site, la majorité est en plein air, et notamment les contreforts situés sur la partie ouest. Cet espace devrait être boisé et aménagé avec une micro-ferme et un potager. Ils devraient permettre de produire de manière pédagogique des plats et des boissons emblématiques de Marseille : Il y aura notamment une herboristerie. L’idée est de rester en lien avec l'histoire du fort et de Marseille. 

La zone sera divisée en deux parties : une grande partie sera gratuite et une autre payante, notamment là où seront exposées certaines œuvres artistiques.

La configuration des lieux permettra tout de même de disposer de plusieurs salles, notamment la poudrière et les différents "bastions". 

Le plus beau rooftop de Marseille

Imaginez une vue à 360° qui surplombe le Vieux Port, avec un panorama qui part du Pharo, avec le Mucem, Saint Victor pour finir avec Notre Dame de la Garde.

Un bar rooftop devrait être aménagé sur la pointe nord-est du fort. C’est un promontoire exceptionnel unique à Marseille.

Outre sa vue, il devrait aussi être avec un concept original et décalé. Pas question de faire venir des DJs et autres starlettes du showbiz. Il restera en lien avec le caractère et l’esprit du fort et du projet. Par exemple, au XVIII siècle, les militaires distillaient en cachette dans le fort. Ce sera compliqué de cacher à nouveau une distillerie clandestine dans le fort, mais le Groupe SOS pense à mettre en avant les plantes et décoctions marseillaises, issues notamment du jardin du fort.

Des expositions permanentes et des ateliers

Le site compte accueillir des œuvres d’art contemporain monumentales.

"Ce seront des œuvres qui racontent un fil rouge autour de la mémoire, le patrimoine et la transmission" Alexandre Lourié, directeur général de SOS Culture

Chaque année, une grande œuvre monumentale participative sera conçue.

Le site donnera aussi une place particulière à la VR, la réalité augmentée: Un des bastions situé au sud du fort devrait y être consacré. Toujours en lien avec ce fil rouge, cet espace permettra ainsi au visiteur de replonger dans le Marseille du XVIIème siècle et aussi en Méditerranée, notamment autour des trésors du patrimoine aujourd’hui disparus. Alexandre Lourié pense notamment aux vestiges détruits par l’état islamique.

Le fort sera aussi un lieu vivant avec de nombreux ateliers proposés aux visiteurs. Par exemple, le chantier de rénovation sera ouvert aux scolaires et des ateliers seront aussi proposés aux adultes.

Festivals, concerts et « bals des beaux dimanches »

Le site sera "ouvert aux artistes qui ont un mot à dire et qui partagent notre vision et ce fil rouge lié à la mémoire et à la transmission. On a aucune envie de le faire tout seul et le fort a vocation à accueillir des événements populaires" explique Alexandre Lourié.

Le fort va devenir un lieu de diffusion de la culture: accueil de festivals, coproductions avec des acteurs culturels locaux et événements organisés par le fort.

Des contacts ont déjà été établis pour travailler sur cette programmation culturelle.

Des rendez-vous récurrents devraient aussi être organisés par le fort :
"Le bal des beaux dimanches" sera l’occasion de présenter tous les trimestres et de manière festive les temps forts à venir.

"Notre objectif est que le fort devienne un lieu convivial et ouvert à tous"

La programmation culturelle devra avoir une certaine cohérence éditoriale avec le fort, mais sur ce sujet aussi, l’équipe de SOS ne s’interdit rien. Par exemple, le fort ne sera pas une discothèque, mais une soirée électro pourra aussi avoir sa place de manière ponctuelle.

Une belle affaire pour la Ville de Marseille

La Ville de Marseille a acté ce lundi 8 octobre le principe d’un bail emphytéotique (longue durée) avec le Groupe SOS pour une durée de 40 ans. Ses modalités restent à définir, et notamment le prix du loyer. "Nous espérons avoir à payer une redevance symbolique" explique Alexandre Lourié.

"Le contractant s'engage à valoriser le site et à poursuivre le processus de valorisation. (...) Nous avons trouvé des gens qui ont une nouvelle approche des choses" Jean-Claude Gondard, Directeur des Services Généraux de la Ville de Marseille

Dans tous les cas, la ville fait une excellente affaire: ses finances ne lui permettent pas aujourd’hui de financer la rénovation du fort. Par exemple, pour le Fort Saint Jean en 2013, c’était l’état qui avait déboursé les 40M€ nécessaires à sa rénovation.

Le Groupe SOS évoque aujourd’hui un investissement de 50M€ sur 40 ans. Ce montant correspond en grande partie à l’action d’Acta Vista dans ses missions de formation et réinsertion qui permettront in fine, de rénover entièrement le Fort d’Entrecasteaux. Si la ville avait choisi de mandater des entreprises pour faire ce travail de rénovation, la facture aurait été bien plus salée.

Et au-delà de la rénovation du fort, le Groupe SOS s’engage donc à prolonger et renforcer précisément ses actions de formation via les chantiers de réinsertion d’Acta Vista. "En 10 ans, nous avons formé 2.000 personnes. A l’issue de leurs stages de 12 mois, sur un chantier particulièrement valorisant et qualifiant, elles retrouvent pour la plupart des emplois" souligne Alexandre Lourié.

Car c’est un paradoxe, pas question de rénover trop vite le fort. C’est un chantier perpétuel au cœur du projet. "Le but n'est pas de tout rénover en deux ans", au contraire, il va falloir former et accompagner un maximum de personnes durant les 40 années du bail.

La partie centrale, la plus haute du fort, ne devrait pas être ouverte au public avant neuf ans.

Un accès encore difficile

C’est un des points faibles du site : comment y accéder? Surtout s’il devient un lieu incontournable de la vie culturelle et touristique de Marseille.

Si on prend l’exemple du Fort Saint Jean, il dispose de trois accès dont ses deux passerelles emblématiques en béton construites par Rudy Ricciotti.

Pour le Fort d’Entrecasteaux, l'accessibilité reste complexe. A terme, trois accès se dessinent : au nord, à l’ouest et au sud.

Au nord, via le Boulevard Charles Livon et la grande montée. C’est le point d’accès naturel du grand public en arrivant depuis le Vieux Port. Mais il faut encore mieux l’aménager: Il manque des arrêts de bus et il y a le casse tête de la circulation très forte à cet endroit: on est juste devant la rampe St Maurice, principal point d’accès vers les tunnels et autoroute pour tout un secteur de Marseille.

A l’ouest, il existe une voie d’accès qui passe derrière le New Hôtel. Avec des aménagements, elle permettrait un accès pour les personnes handicapées et peut-être un dépose-minute pour les cars.

A sud, la reconfiguration de la Caserne d’Aurelle pourrait être l’occasion d’aménager un nouvel accès. Ou alors, en travaillant sur une ouverture depuis la rue Ernest Duchesne.

Et pourquoi pas à l’Est aussi ? C’est aujourd’hui une anecdote, mais il existe un souterrain qui descend du fort directement vers le bassin du Carénage. Difficile d’imaginer un accès par cet endroit (elle ressemble davantage à une bretelle d’autoroute avec ses 2x2 voies qui mènent aux tunnels). Mais le Groupe SOS "ne s’interdit rien". L’idée de construire un ascenseur dans la roche sera aussi étudiée. C'est aussi dans ce secteur qu'il est prévu d'installer le départ du futur téléphérique vers Notre Dame de la Garde.

"On travaille de manière très constructive avec la ville sur la question de l’accessibilité" Alexandre Lourié, Groupe SOS

Et ça ouvre quand ?

La date d’ouverture n’est pas encore connue. Le Groupe SOS a prévu d’investir 1,5M€ à court terme pour permettre une ouverture "le plus vite possible".

Car ouvrir un lieu au public impose de nombreuses contraintes en termes de sécurité, qui sont ici encore plus compliquées par le caractère historique du fort, entièrement classé.

Des études techniques, de sécurité et architecturales vont être menées pour définir précisément les aménagements préalables à une ouverture au public. Ce sont d’ailleurs ces études qui devraient permettre de définir la jauge du lieu, à savoir combien de public pourra y être accueilli simultanément.

Mais dans tous les cas, puisque le fort est encore en chantier et pour longtemps, cette ouverture ne pourra se faire que de manière progressive.

Enfin, pour l’art contemporain, Marseille a un rendez-vous important en 2020 avec Manifesta. Des contacts ont d’ailleurs été pris à ce sujet. Il est donc très probable que le fort commence à ouvrir, au plus tard, au moment de Manifesta.

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