Le Salon Noir qui donne son titre à cette exposition est un polyptyque de 2m sur 7 certains jours et de 1,70m sur 5,40m d'autres. S'y ajoutent quelques satellites qui apparaissent ou disparaissent au gré de la configuration des lieux et de facteurs indéterminés liés au bon vouloir ou aux incertitudes de son auteur.
De la rencontre avec François Laroudie, producteur de documentaires, naquit le projet d'en faire un film qui expliquerait l'embarras récurrent du peintre à répondre à l'harassante question du néophyte : "et combien de temps cela vous a t'il pris pour peindre tout cela ?".
Sept mois et 60 heures de rush plus tard, la question n'est sans doute pas résolue, mais une toile est là, dense et complexe qui témoigne de la porosité de la vie dans l'œuvre, des interactions continuelles entre la maturation des idées et leur élaboration et du vaste chaos de décisions et d'accidents synthétisés par la peinture.
Dans le Salon Noir, le jeu entre les personnages, leurs corrélations ou l'indifférence feinte qu'ils se portent, semble soudain bien loin de la stratégie du damier qui occupe le centre de la toile. La lente construction de cette scène, la mise en place des corps, la vibration des regards et l'irrigation secrète des liens renvoie chacun à son énigme et à sa dépendance indicible aux autres.
De ce "Fleuve Noir" découle les autres toiles de l'exposition : les "petits salons", où ne siègent plus qu'un ou deux personnages, preuve que l'intensité de leur présence de tient pas à leur nombre, et les "lotissements", poésie des lumières urbaines sur de banals pavillons Varois, où le noir s'infiltre aussi pour se déverser enfin dans les eaux sombres d'une "Méditerranée", ressac nocturne d'une plage au sable tiède...
La blancheur du papier des grands dessins n'est qu'une illusion, plongée dans l'obscurité elle révèle les formes phosphorescentes d'un crâne, d'une lampe, de quelques fleurs dans les herbes hautes. Une "métaphosphorescence" des images qui perdurent dans notre mémoire lorsque les œuvres nous troublent.

