Comment est venue l’idée de mettre Picasso à l’honneur au musée Granet ?
Depuis 2006 il y a une demande forte du politique pour avoir un événement tous les trois ans. Un événement international il faut pour cela des noms qui touchent au niveau international et c’est vrai qu’après Cézanne les choses sont difficiles parce qu’après Cézanne qu’est qu’on peut trouver. Evidement le Pays d’Aix à beaucoup de chance puisque à cause de Cézanne un certain nombre d’artistes sont venus et non des moindre et Picasso a fait partie de ces artistes là qui non seulement ont choisi à un moment de leur vie de vivre dans les paysages mêmes de Cézanne mais, qui précédemment encore à l’époque du Cubisme c’étaient appuyé fondamentalement sur Cézanne pour avancer dans cette quête nouvelle d’un art nouveau qui était le cubisme. Et c’est également le choix que fera Jacqueline Picasso la dernière femme du peintre de faire enterrer son mari à Vauvenargues devant le château dont il était le propriétaire. Et si l’on rajoute encore une dimension d’anniversaire puisque Picasso achète le château en 1958 mais il s’y installe physiquement en tout début de l’année 1959. Nous sommes bien donc en 2009 au cinquantième anniversaire de cet événement et comme on aime bien les anniversaires notamment en France on s’appuie aussi sur cette coïncidence chronologique pour dire que nous sommes là bien dans une logique de nécessité de rendre hommage à Cézanne. Et par rapport à Picasso il fallait manifester de façon plus forte que ce qu’ont avait pu faire jusqu’à présent. Trois ans après Cézanne il paraissait logique de traiter Picasso dans cette relation avec Cézanne qui justifie la présence de Picasso à Aix et dans le Pays d’Aix.
La visite est assez scénarisée, comment s’est construite cette exposition ?
J’ai commencé à travailler vraiment sur ce projet il y a un peu plus de deux ans, ce qui est finalement court pour un projet comme celui là. Les choses sont apparues assez rapidement et assez simplement pouvant se diviser en quatre sections :
- Picasso qui regarde Cézanne c'est-à-dire comment de 1909 à 1917 ce que l’on considère comme étant la fin de cubisme, Picasso va regarder, s’inspirer de l’œuvre de Cézanne pour déboucher avec Braque sur ce que l’on appelle le cubisme.
- Deuxième section c’est Picasso collectionne Cézanne. Un Picasso collectionneur, un Picasso expert car c’est vrai que toute sa vie il a regardé Cézanne, toute sa vie on lui a proposé des Cézanne et à un certain moment de sa vie il a acheté ou parfois échangé des œuvres de Cézanne. Il a été l’heureux propriétaire de quatre œuvres majeures de Cézanne : un château noir, une vue de l’estaque, un tableau de baigneuse et une magnifique aquarelle de la fin de la vie de l’artiste.
A côté de ce Picasso collectionneur il y a ce Picasso expert qui va toute sa vie dire ça c’est un vrai Cézanne, ça c’est un faux Cézanne. On a quelques anecdotes comme ça qui montraient comment Picasso se faisait expert de Cézanne.
- Troisième section, thèmes et formes partagés, c'est-à-dire après une partie plus chronologique, cette partie thématique permet d’élargir encore les rapports de l’œuvre Picasso à Cézanne avec notamment des objets de nature morte que Picasso utilise en permanence comme le compotier, la pomme. Comment peindre une pomme après Cézanne, même Picasso forcément y pense. Où le thème encore du crâne qui fait resurgir chez ces deux artistes méditerranéen dans l’âme, les vieilles traditions de la peinture autour ces vanités autour de cette peinture du 17ème siècle qu’ils aimaient tous les deux. Et puis il y a le thème d’Arlequin.
Nous avons voulu dans cette exposition avoir une œuvre de Cézanne et plusieurs œuvres ensuite de Picasso. L’idée n’était pas de confronter une œuvre de Cézanne avec une œuvre de Picasso qui n’avait pas de sens ou n’était pas vraiment pertinent. Mais bien au contraire de montrer que Cézanne est une forme d’entrée, de porte qu’ouvre Cézanne sur la modernité et porte par laquelle Picasso va s’engouffrer mais avec son propre génie et avec sa propre création et son propre univers. L’idée est de montrer comment avec un Cézanne on peut avoir 1,2,3 jusqu’à 5 Picasso proposés montrant à la fois comment il s’inspire de Cézanne et comment il s’en s’épare. Il va beaucoup plus loin, il extrapole, il radicalise le message Cézannien.
- Et quatrième section, c’est celle en rapport avec le château de Vauvenargues. Comment Picasso se rapproche de Cézanne à un moment de sa vie, comment il éprouve le besoin d’acheter ce château qui est c’est vrai est austère, plutôt reculé, isolé dans cette vallée encaissée dans le flan nord de la montagne Sainte Victoire. Il rejoint là encore Cézanne car en 1880 Cézanne avait décidé de se retirer en Provence dans sa ville natale pour se consacrer entièrement à sa peinture. Quand Picasso quitte la Californie en 1958/59 en achetant le château, c’est cette même démarche. Il dit lui-même j’ai de plus en plus de choses à dire et de moins en moins de temps pour le dire et donc il veut se consacrer entièrement et exclusivement à sa peinture. Il se retire du monde et achète le château de Vauvenargues.
Quand nous parlons de cette période c’est vraiment le début des dernières années de Picasso, c’est en ce sens que c’est très important. Il inaugure notamment cette liberté totale dans la peinture qui marque ces années. J’ai l’impression que c’est vraiment à Vauvenargues que tout cela débute avec des coulures, cette peinture industrielle ripolin qu’il laisse couler qu’il reprend ensuite dans son tableau.
Cette exposition couvre un champ assez large de l’œuvre de Picasso mais que l’on sait considérable puisque aux dernières évaluations on serait presque autour de 30 000 œuvres.
Côté coulisse, comment ça se passe ?
C’est toujours difficile d’obtenir en prêt les œuvres car il y a toujours des œuvres qui vont nous manquer. On se retrouve surtout en difficulté parfois quand les expositions au niveau international sont trop nombreuses en même temps. Mais je pense que pour notre exposition ont a pu réussir à trouver 114 œuvres (environ 90 de Picasso) pour parler de ce rapprochement, de cette liaison intime entre Picasso et Cézanne.
Propos recueillis par JB Fontana & Pauline Volton
Crédits photo :
© succession Picasso 2009
© Museu Picasso, Barcelona/Gasull Fotografia
© The Metropolitan Museum of Art