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Rencontre avec Danakil

Le groupe Danakil entame sa tournée 2014 et sera en concert le 22 mars à l'Olympia et le 3 avril au Moulin.

Publié par Clémentine Carreno le 12/03/2014 - Modifié le 24/07/14 19:48
Rencontre avec Danakil

Danakil était en résidence au Moulin de Marseille dans le but de se préparer, dans les meilleures conditions, au démarrage de leur nouvelle tournée. Nous en avons profité pour interroger Balik, le chanteur du groupe.

Danakil, un groupe globe-trotteur ?

Balik : Le nom Danakil a été choisi il y a 12 ou 13 ans quand on a commencé, c'est le nom d'un désert en Ethiopie. Pour la petite histoire, nous étions jeunes, on a cherché un nom et puis c'est venu comme ça, un peu au hasard ! Dix ans après, le nom du groupe nous a emmené jusqu'à Djibouti, aux portes du désert du Danakil.

Avec le groupe, on a fait quelques voyages sympa, surtout les dernières années : Djibouti, une tournée Sénégal-Gambie, la Réunion, la Nouvelle Calédonie. On a été joué trois années de suite au Canada, on y retourne d'ailleurs cette année pour une tournée de trois semaines. Sans oublier l'Europe avec l'Allemagne, la Pologne, la Suisse, la Belgique...

Le meilleur souvenir, c'est une question qui revient fréquemment, il y a beaucoup de bons souvenirs, je ne sais jamais trop quoi répondre ! C'est sûr que Djibouti en était un, le Mali aussi, où nous sommes allés enregistrer l'album en 2010. Chaque voyage est unique, même les concerts en France. Des concerts restent inoubliables comme les Francofolies de la Rochelle, la Fête de l'Humanité, les Solidays... tous ces grands festivals qui méritent leur réputation car, en tant qu'artiste, c'est impressionnant à faire.

14 ans de groupe et toujours aussi soudé ?

Balik : Le groupe s'est formé en 2000, déjà quatorze ans ça fait bizarre de le dire ! Il y a eu quelques petites évolutions mais pas de changements conséquents car c'est toujours le même noyau dur. Il y en a qui nous ont rejoints d'autres qui nous ont quittés. Ceux qui sont partis gravitent toujours autour de nous. Quand on était étudiant, chacun menait ses petites études à côté, c'est normal que quelques uns aient choisi de partir sur autre chose. Cette année, on a récupéré un clavier qui n'a pas joué avec nous depuis 7 ans mais qui était là les 3 premières années, entre temps il était dans le business du chocolat !

On ne prévoit pas vraiment l'arrivée de nouvelles personnes dans le groupe. Mais Natty Jean, originaire de Dakar et rencontré au Mali en 2010, est toujours avec nous en 2014. Ce fut une très belle rencontre artistique. On ne planifie rien mais quelque fois la vie te fait t'entrechoquer avec des gens et, ça se passe d'une façon que tu ne peux plus les quitter.

Un groupe melting pot ?

Balik : Notre mission consiste à apporter notre patte, notre style, notre langue, notre vocabulaire, notre poésie à des sonorités anglo-saxonnes. C'est aussi faire le pont entre les cultures musicales, avec le reggae jamaïcain mais aussi le reggae africain. Il nous arrive de chercher des instruments en Afrique, des aspirations en Jamaïque et puis finalement, de faire le morceau à la française avec des textes de chanson. Ce mélange fait notre identité, fait ce que l'on est.

Les retours sur notre musique ne nous influencent pas vraiment. Il faut, bien évidemment, être à l'écoute des gens mais si on cherche à faire la suite en fonction de ce que l'on a entendu précédemment, on va se perdre un peu et le côté authentique de ce que nous somms ne va plus être là. Nous évoluons avec le temps, c'est normal qu'on ne fasse pas le même album à trente deux ans qu'à dix-huit ans. Beaucoup grandissent avec nous, d'autres restent sur la première période car c'est là qu'ils nous ont connu. Il y a aussi ceux qui nous découvrent en cours de route et qui apprécient la musique actuelle et moins celle de la première période...

Il vaut mieux faire en fonction de nous même pour que l'évolution soit comprise. Lorsque nous nous lançons dans les chansons à texte, par définition, c'est assez altruiste car les personnes doivent se reconnaître dedans. Nous sommes à la recherche de thèmes qui parlent aux gens. Nous ne racontons pas notre vie tout le temps, c'est un partage autant dans la musique que dans les textes.

Quelques mots sur le dernier album « Entre les lignes », sorti le 24 février ?

Balik : Sur ce dernier album, en écrivant les chansons, nous avons recherché des thèmes sur lesquels tout le monde s'est déjà questionné au moins une fois. La première chanson, qui s'intitule Poupée Russe, montre le côté « si j'étais né dans la peau d'un autre, qu'est ce que j'aurais fait ? ». Dans Les Signes, le groupe aborde la superstition, l'interprétation des signes, vouloir tout comprendre à l'avance. Beaucoup de gens sont dans cet esprit. Il faut rester généraliste pour qu'un maximum se retrouve, tout en exprimant le fond de notre pensée.

Nous conservons ce côté « militant » engagé car il est propre à la musique. C'est comme faire du rap, à un moment nous sommes porte-paroles de quelque chose. Le reggae c'est pareil. D'ailleurs si on regarde son histoire, il a été messager de nombreuses fois. Pour lui être fidèle, il faut être dans ce militantisme mais nous jouons aussi des chansons beaucoup plus légères. Militant ne veut pas forcément dire le poing levé contre l'oppresseur, c'est assez large.

Mali Mali est ma chanson fétiche dans cet album. Elle parle de cette « division » récente entre le Nord et le Sud à cause d'un président corrompu. J'y étais pendant deux ans, j'y reviens à peine. Je l'ai ressenti de manière personnelle puisque mon voisinage était directement concerné. Cet épisode était sur toutes les lèvres, c'est une synthèse de témoignages que j'ai pu recueillir. Elle sert un peu de médiateur pour exprimer au mieux cette situation aux personnes extérieures. C'est sûr que ce n'est pas en deux couplets que nous pouvons éclaircir le propos mais c'est une chanson qui me tient à cœur. Entre septembre et décembre, j'espère qu'on aura l'occasion d'aller présenter l'album là bas !

Le Moulin accueillera Danakil le 3 avril, vous êtes prêts ?

Balik : Danakil attend de cette tournée un bon accueil de l'album par le public et qu'ils se déplacent nombreux. On a fait en sorte de concocter un savant mélange avec les anciens morceaux car on sait que les gens viennent aussi pour ça.

Je ne me fais pas de souci sur la joie communicative des Marseillais car nous avons de très bons souvenirs ici. On a déjà fait des concerts à Marseille, très étonnés en tant que Parisiens. La lutte Paris/Marseille est un mythe car, quand on traverse la France, les gens sont aussi contents que nous de venir là au soleil, au bord de la mer. En plus on a toujours une heure ou deux pour aller boire un verre sur le port, c'est sympa et on a hâte !

Danakil en tournée : 



Propos recueillis par Clémentine Carreno