Medo est une pièce percutante tant au niveau de la mise en scène chorégraphique que de la mise en scène visuelle et sonore. Explosion d'émotions où s'entremêlent comédie, danse contemporaine, hip-hop et nudité.
4 femmes sont immobiles devant un mur. Ce mur est rouge sang. C'est un mur de dénonciation. Dénonciation de la violence et surtout dénonciation du mal-être et des souffrances vécues par les femmes.
Les 4 femmes sont impassibles contre le mur rouge, face au public. 3 hommes surgissent pour se ruer sur l'une d'entre elles, la déshabiller, la violenter et la laisser nue. La jeune fille nue avance face au public, se rhabille, se maquille pendant qu'une scène de sexe se produit en arrière. On est de suite plongé dans une ambiance dérangeante et très explicite avec un fond sonore oppressant. Cette scène reviendra, d'ailleurs, plusieurs fois au cours du spectacle pour mettre l'accent sur la violence.
La musique devient plus vive et les danseuses débarquent sur scène pour se livrer à un show alliant danse hip hop, projections au sol et danse contemporaine. Vont s'alterner alors des scènes de violence et de danse exprimant les souffrances infligées aux femmes. Des scènes illustrant le viol, les rapports de force dans la sexualité, les grossesses non désirées, l'addiction aux drogues. Les corps sont balancés, projetés au sol et la danse semble être à la fois une réconciliation et une libération.
Une scène époustouflante visuellement et symboliquement aura marqué toute notre attention. Les 3 hommes occupent toute la scène ; ils sont en short, torses nus et chaussés de talons aiguille. Leur performance est éblouissante car leur danse est à la fois masculine dans la technique et féminine dans la prestance ou la posture.
Si la répétition de certaines scènes contribue à créer une atmosphère oppressante, la danse est une touche d'espoir et de liberté dans la pièce. La dernière scène est même très positive, la lumière est baissée et seule une boule à facettes descendue au ras du sol scintille dans la salle. Un couple vient danser sur scène sur de la bossa-nova pour clôturer avec allégresse 1 heure de spectacle déroutant.
Linda Mouffek
Crédit photo : Dominik Fricker