Intitulée Ce qui nous regarde , cette exposition réunit pour la première fois un ensemble d’œuvres qui, mises en regard, composent une galerie de portraits inédite au sein de sa pratique. Certaines pièces sont issues de séries existantes - I Mani, I Filosofi, The Scientists, Aruspice - tandis que d’autres ont été spécialement conçues pour l’exposition, en résonance avec le contexte agricole, naturel et historique de la Provence Verte.
Ce dialogue entre œuvres anciennes et nouvelles révèle une ligne de force souterraine dans le travail de l’artiste : le visage comme seuil, comme interface sensible entre ce que nous voyons et ce qui nous regarde. Ce qui nous regarde se présente à nous en clair-obscur, Hilario Isola compose ici une nouvelle galerie, non pas uniquement de portraits, mais également de figures inassignables, de visages dérobés, d’apparitions fragmentaires : les œuvres ne se donnent pas immédiatement, elles se tiennent à la lisière du visible, dans un régime d’ombre et de veille, l’exposition est en quelque sorte construite comme un théâtre de la réversibilité du regard.
Les œuvres ici déployées ne sollicitent pas la reconnaissance, mais l’attention. Elles ne figurent pas, elles regardent En choisissant d’intituler l’exposition d’après le titre de l’essai de G. Didi -Huberman.
Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, 1992, l’artiste italien installe d’emblée une tension. Il ne s’agit plus simplement de voir — mais de se savoir vu. D’abandonner l’illusion d’un regard souverain, d’entrer dans une dialectique où l’image n’est plus un objet à capter, mais un sujet à rencontrer. Comme dans l’allégorie platonicienne de la caverne, le visible est ici affaire de projection, de déplacement, de révélation partielle. Ce que nous prenons pour des formes éclairées est peut -être encore une ombre. Et ce qui semble n’être qu’une ombre est peut -être ce qui, le plus profondément, nous concerne.