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En difficulté, le Dock des Suds passera t-il l'hiver?

Des soucis économiques et un propriétaire qui ne veut plus vraiment de lui, le Dock des Suds lance un SOS pour éviter de fermer au 31 décembre.

Publié par Jean-Baptiste Fontana le 25/10/2018
En difficulté, le Dock des Suds passera t-il l'hiver?

L’association Latinissimo a une échéance redoutée : Le 11 décembre, un juge décidera si elle peut poursuivre son activité en continuant à gérer le Dock des Suds dans le cadre d’une procédure de sauvegarde où elle doit fermer le Dock des Suds à la fin de l'année.

Latinissimo a trois grandes activités : l’organisation de la Fiesta des Suds et de Babel Med Music (qui pourrait revenir en novembre 2019), ainsi que la gestion de la salle du Dock des Suds. La salle de concert située au cœur d’Euroméditerranée est aujourd’hui déficitaire.

Malgré la location de ses espaces pour des concerts mais aussi des expositions, meetings ou même conventions d’entreprise, elle n’arrive pas à couvrir les 25.000€ de frais fixes mensuels et surtout le loyer de 180.000€ perçu par Euroméditerranée.

C’est ce dernier point qui reste en travers de la gorge de l’équipe du Dock des Suds:

"On touche 0€ de subvention pour le fonctionnement de la salle et on doit payer un loyer de 180.000€ par an, c’est impossible !" Marc Aubergy, le président de l’association Latinissimo.

Depuis une vingtaine d’années, l’association Latinissimo gère le Dock des Suds. Initialement situé de l’autre côté de la rue, il fut ravagé par un incendie en 2005. C’est alors que le port leur a proposé de s’installer dans l’actuel bâtiment. Près de 5M€ de travaux ont été investis depuis pour l’aménager et le mettre aux normes. 

Un modèle économique fragile

Comme de nombreux acteurs culturels, la santé financière de l’association s’est dégradée ces derniers mois. Et ceci malgré un rythme toujours soutenu d’événements qui y sont organisés: entre 120 et 150 par an.

L’organisation de la Fiesta des Suds délocalisée sur le J4 cette année est un pari économiquement difficile. Dans l’activité de gestion de la salle, la dégradation des comptes s’explique par plusieurs facteurs: les attentats de 2015 et 2016 ont entraîné une baisse de la fréquentation mais surtout une hausse de 43% des frais liés à la sécurité.

Le Dock souffre aussi de la concurrence. Depuis 2013, de nouveaux lieux culturels ont émergé et paradoxalement, ils ont fragilisé les acteurs existants explique l’association qui cite en exemple le Silo situé à quelques centaines de mètres.

Consciente de ces difficultés, l'association Latinissimo a déjà procédé en 2017 au licenciement économique de deux salariés et mis en place un premier plan d'économies.

La difficile cohabitation avec Euroméditerranée

Aujourd’hui, les murs du Dock des Suds appartiennent à Euroméditerranée.

L’établissement public qui réaménage entièrement le quartier ne s’en est jamais caché: il voit d’un mauvais œil le maintien de cette salle de concert à cet endroit. Il préférerait y construire des immeubles et rentabiliser davantage ce foncier.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il n’est pas question pour Euroméditerranée de consentir un effort financier sur le loyer. En off, un responsable nous précise que le montant est fixé selon des règles strictes et que l’institution se prive aussi de revenus bien plus importants qu’elle aurait pu avoir en aménageant le lieu.

Les relations propriétaire-locataire sont donc compliquées même si le dialogue n’est pas officiellement rompu. D’un côté Latinissimo aimerait officialiser sa location des lieux avec un bail en bonne et due forme: en effet, l’association n’a qu’un bail précaire, qui n’a rien d’officiel et ne lui permet d’avoir aucune visibilité sur l’avenir. De l’autre, Euroméditerranée lui reproche d’être mauvais payeur avec des retards de loyer.

Pour Euroméditerranée, l’avenir du Dock des Suds est ailleurs. Sa présidente, Laure-Agnès CARADEC le confirme: « Dès l’origine, c’était un bail destiné à être précaire. Moi je suis très attachée au Dock des Suds, on a eu des réunions à plusieurs reprises pour voir comment ils pouvaient se relocaliser. Certaines activités pourraient rester sur les lieux s’il le fallait, on peut y réfléchir. Mais les grands festivals ne peuvent plus se tenir à ses endroits là. »

C’est déjà le cas, puisque cette année, la Fiesta des Suds s’est délocalisée pour la première fois depuis de nombreuses années, hors du Dock, sur l’esplanade du J4.

Euroméditerranée étant avant tout un outil d’aménagement au service des institutions locales. L’avenir de la salle de concert sera donc politique, et le soutien qu’il pourra bénéficier, ou pas, pour continuer à exister dans ce secteur en pleine mutation.