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La halle Lustucru d'Arles pourrait être finalement sauvée

Cette imposante halle construite dans les ateliers Eiffel est menacée de destruction pour y construire un centre commercial. Le Ministère de la Culture pourrait néanmoins la classer très prochainement.

Publié par Jean-Baptiste Fontana le 05/12/2017
La halle Lustucru d'Arles pourrait être finalement sauvée

La ville d'Arles regorge de monuments historiques, mais certains sont plus cachés que d'autres. C'est sur l'ancienne usine Lustucru au nord de la ville qu'une imposante "halle Eiffel" est aujourd'hui menacée de destruction. 

Construite en 1906 pour l'exposition coloniale de Marseille, elle a été ensuite démontée puis déplacée à Arles dans l'ancienne usine Lustucru. Le terrain appartient désormais au groupe Frey qui souhaite y construire un centre commercial.

Plusieurs options sont aujourd'hui possibles : la réutiliser, la démonter ou la détruire. Aujourd'hui, c'est ce dernier scénario qui est privilégié par la ville et le promoteur, mais la Ministre de la Culture pourrait changer la donne.

La ville a revendu l'an dernier le terrain pour une valeur de 900.000€. La halle avait bénéficié jusqu'à peu du label "Parimoine du XXe siècle", celui-ci est désormais automatiquement tombé et elle se retrouve sans aucune protection.

Une halle monumentale, un monument exceptionnel

Une taille impressionnante : 100m de long, 40m de large et 18m de haut.

L'expert des structures métalliques, Jean-Bernard Menet explique ses particularités : "Son architecture est originale, elle sort des Ateliers Eiffel. Je ne pense pas ce que soit lui qui l’ai faite, mais plutôt son contremaître, qui a apporté sa patte en changeant de matériaux : Ce n’est pas du fer puddlé mais désormais de l’acier. C’est la seconde fois dans l’histoire que l’atelier en a utilisé."

"Le bâtiment a une réelle vocation historique, on peut le comparer aux structures métalliques de la Gare d’Austerlitz ou du Pavillon Baltard."

Dès le départ, sa construction n'a pas été un simple hangar. Marseille a fait une commande d'un bâtiment moderne et innovant au renommé atelier Eiffel pour son exposition coloniale. "La ville de Marseille avait passé une commande à un architecte de renom et de prestige, comme aujourd’hui on ferait commande à Gehry" souligne l'expert.

Un état de conservation exceptionnel

Outre sa valeur historique, son état de conservation justifie aussi une attention particulière. "La peinture n’a pas bougé pendant 60 ans, c’est tout à fait exceptionnel ! " précise Jean-Bernard Menet. Cet état s'explique notamment par la vocation du lieu : la poussière de riz l’a protégé des l’attaque de l’eau. Le riz absorbe l’eau et l’empêche d’attaquer l’acier.

Seule une partie de la charpente a subit un incendie dans les années 60, mais il n’a pas compromis sa solidité. "Le bâtiment est particulièrement bien construit, puisqu’il a aussi parfaitement résisté aux assauts du mistral particulièrement forts dans cet endroit." souligne l'expert.

Un site difficile à dépolluer

C’est l’enjeu principal qui explique le peu d'entrain pour le sauver : Il faut enlever le plomb et l’amiante présents sur la structure. Le plomb est situé dans les peintures, "mais on le traite de mieux en mieux dans des coûts raisonnables" précise l’expert.

Le toit, qui a été rajouté après son déplacement, contient lui de l’amiante dans son matériau en fibrociment. Mais dans tous les cas, conservation ou destruction, cette étape de désamiantage reste nécessaire. La ville a commandé des études pour chiffrer le coût de chacun des scénarios :

Combien ça coûte ?
- Destruction : 780.000 €
- Démontage : 3,4 M€
- Conservation sur site et son réaménagement : entre 3,3 et 5,9 M€

Un démontage est possible, mais avec quels financements ?

Si le groupe Frey ne veut pas garder la halle, il est possible de la démonter. Le lieu a été déplacé une première fois, il pourrait aisément l’être à nouveau. "La Ville de Nice l’a fait récemment avec la Gare Sud. La structure d’une période similaire a été démontée puis remontée pour servir de marché couvert." explique Jean-Bernard Menet. La construction du bâtiment d’Arles le permet parfaitement. Le groupe Frey avait même parlé un temps d’un possible acquéreur américain intéressé par le bâtiment, mais il ne nous l'a pas reconfirmé.

"Tout n’est qu’une question de volonté. Ce n’est pas un problème financier. Il faut faire un calcul à long terme" Jean-Bernard Menet

Le meilleur exemple sur Arles, ce sont les ateliers SNCF reconvertis aujourd’hui en lieu d'exposition. Certes, leur aménagement a coûté 6M€ mais le bâtiment est aujourd’hui reconnu au plan mondial grâce aux Rencontres de la Photographie qu’il accueille. Un optimisme qui n'est pas partagé par l'élu à l'urbanisme à la Ville d'Arles, David GRZYB : "Renouveller la même opération que la halle SNCF nous semble hors de portée. On a eu une chance absolue avec la Fondation Luma. Quand le privé peut porter des aménagements ça soulage la ville. Arles est une ville pauvre."

"Depuis 14 ans, la ville d'Arles cherche une solution pour ce site." David GRZYB, conseiller municipal à l'Urbanisme.

"On veut bien sauvegarder la halle, mais qui paye ? L'investissement de 3,5 millions d'euros pour la démonter est hors de portée des finances de la ville. Notre budget d'investissment pour les travaux sur la commune, c'est entre 7 et 10M€ par an" souligne l'élu. Le projet prioritaire de la ville aujourd'hui, ce sont le reclassement des papeteries Etienne sur une surface de 12 ha. 

"Si demain, on trouve un acquereur qui redonne une vie à ce bâtiment, on dit oui tout de suite, on lui donne les clés dès demain !

Sauvée par la Ministre ?

Selon nos informations, la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen pourrait annoncer très prochainement une sauvegarde du bâtiment. "Le dossier est sur sa table" nous confie une source proche du dossier. Une inscription ou un classement au titre des monuments historiques devrait néanmoins passer par la commission nationale du patrimoine et de l'architecture, ce qui n'est pas prévu dans l'immédiat. La Direction Régionale des Affaires Culturelles connaît bien ce bâtiment, en 2010, il avait fait l'objet d'une étude (ci-dessous).

"Lors de l'élaboration du plan local d'urbanisme, entre 2015 et 2017, les services de la DRAC ont été au courant. Il n'y a pas eu de réaction si ce n'est qu'ils "regrettaient" cette décision" ( de la détruire NDLR). Personne ne s'est manifesté pendant 14 ans." regrette amèrement David Grzyb. Un classement du bâtiment ouvrirait la possibilité de bénéficier de financements de l'état mais pourrait aussi remettre en cause les projets du Groupe Frey et de ses 30M€ promis en investissement sur le site. 

En attendant une décision de la Ministre, la démolition reste programmée dès le début de l'année 2018. La seule étape de "protection" prévue et actée aujourd'hui est une modélisation 3D de la structure prévue très prochainement. 

 

Plus d'informations :
( INVENTAIRE DE LA PRODUCTION ARCHITECTURALE ET URBAINE DE LA PERIODE 1900-1980 SUR LES COMMUNES D’ARLES ET DE TARASCON / DRAC PACA - 2010 )

 

ma réaction
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 C'est corrigé, il s'agit bien de 18m, petite erreur de retranscription des notes. merci Juan ;) 
par Jean-Baptiste - Saint-Cyr-sur-Mer - le 27/11/2017
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 Juste une autre erreur , le batiment fait beaucoup plus que 8 métres de haut . 
par juan - ARLES - le 27/11/2017
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 780.000 Euros pour la destruction ! Dans qu elle conditions ! La totalité de la toiture est en AMIANTE , détruire le batiment c est éxposé les habitants proche et autres a respirer de la fibre avec les conséquences dramatiques sur leurs santé .  
par juan - ARLES - le 27/11/2017
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 Le groupe Frey a largement les moyens d'intégrer ce magnifique exemple d'architecture dans le projet de zone commerciale. Ce serait d'ailleurs une plus-value d'attractivité... Un collectif de défense de la Cathédrale d'Acier œuvre en ce sens Gehry qui monte,bon..Eiffel par terre, non! 
par Arlésien - Arles - le 23/11/2017
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 Sauvons-la!!! Assez de calculs financiers à court terme comme de priorités à des investissements de grandes surfaces commerciales sur le déclin, modèles de plus en plus rejetés pour leur dispositif économique destructeur. Faisons place à de respectueux systèmes de pensée du social, du culturel, de l'écologique, et du politique!  
par Janjan - Arles - le 23/11/2017
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 Sauvons-la!!! Assez de calculs financiers à court terme comme de priorités à des investissements de grandes surfaces commerciales sur le déclin, modèles de plus en plus rejetés pour leur dispositif économique destructeur. Faisons place à de respectueux systèmes de pensée du social, du culturel, de l'écologique, et du politique!  
par Janjan - Arles - le 23/11/2017
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