Incendies : dans le Var, élus et préfet veulent revoir les règles environnementales

Publié par Jean-Baptiste Fontana le 01/09/2026

Le retour d'expérience du Gros Bessillon ne porte donc pas uniquement sur les moyens des pompiers. Il pose aussi une question plus politique : jusqu'où faut-il adapter les règles environnementales lorsqu'elles peuvent ralentir la création d'aménagements destinés à prévenir ou combattre les incendies ?

C’est un alignement des planètes entre le préfet, le vice-président de la Région et le président du Département du Var : la protection de la forêt contre les incendies doit être prioritaire par rapport à certaines autres mesures de protection de l’environnement.

Car certains élus sont en colère face à une réglementation censée protéger la nature mais qui au final la fragilise selon eux.

« On ne protégera jamais une forêt avec une écologie stérile et punitive. On ne peut pas débroussailler avec des contraintes si fines qu’il faut y aller à la pince à épiler. On ne peut pas protéger chaque espèce, chaque haie, chaque parcelle… Parce que si on sauve un hectare avec cette méthodologie écologique, l’été on en perd 6 000. La réglementation n’est plus adaptée. Le bon sens doit régner. » François de Canson, vice-président de la Région Sud


Un discours également repris par Jean-Louis Masson, à la tête du Département du Var : « La priorité, c’est quand même la lutte contre l’incendie. Certes, il faut protéger la tortue Hermann, les lézards et les petites fleurs, je comprends ça, mais où sont-ils désormais dans les 7 000 hectares qu’on a brûlés cet été ? Le pragmatisme doit l’emporter sur le dogmatisme. »

Face aux règles actuelles, les pouvoirs du préfet en termes d'aménagement du territoire liés aux risques incendie atteignent parfois leurs limites face à la législation française et européenne.

« C’est ce que les parlementaires décideront de continuer et ce que, ensuite, le gouvernement acceptera de faire figurer dans un projet de loi », précise le préfet, convaincu lui aussi que « Ce qui est en jeu, c’est de se mettre d’accord sur l’identification de la meilleure façon d’assurer la protection des espèces protégées. Notre credo, c’est qu’accroître les dispositifs de protection de la forêt contre l’incendie, c’est la meilleure façon d’assurer la survie et la prospérité des espèces protégées. »

Une tortue d'Hermann tuée lors de l'incendie de Gonfaron / Archives 2021

Le préfet milite ainsi pour « une supériorité de la lutte contre le feu sur toute autre mesure ponctuelle que l’on pourrait adopter pour protéger des espèces protégées », qui devrait, selon lui, « avoir une traduction juridique et donc exempter ou alléger les procédures nécessaires pour l’autorisation de ces ouvrages ».

Le préfet pense notamment à la remise en culture de parcelles incendiées, ou à des facilités pour que la création de pistes et d’infrastructures de protection contre le feu puisse être accélérée et soustraite à certaines contraintes environnementales.

On peut comprendre que la création d’une usine ou d’habitations puisse nécessiter une « compensation écologique », mais pour des outils destinés à lutter contre le feu et donc, in fine, à protéger la nature, une unanimité se dégage en faveur d’un assouplissement des règles environnementales.

L’exemple des coupe-feux

© S.Babre / Prefecture du Var

« On avait mené le combat pour ces coupures agricoles, mais on a échoué », reconnaît François de Canson, également maire de La Londe-les-Maures, où un important incendie avait touché la commune en 2017.

À la suite du sinistre, l’une des réponses avait été d'établir de grands coupe-feux, ces bandes sans arbres qui permettent aux pompiers de « tenir » une ligne et d’arrêter ainsi la progression du feu. L’élu regrette qu’il n’y en ait finalement que très peu qui aient pu être créés en raison des contraintes environnementales.

Il est certain que ce type de coupures dans la forêt, parfois larges de plus d’une centaine de mètres, peut être inesthétique et compliquer la circulation de certaines espèces sauvages. L’idée des élus serait de permettre aux agriculteurs, notamment à ceux pratiquant le pastoralisme, d’utiliser ces espaces. Les brebis entretiennent ainsi les coupe-feux en broutant l’herbe.

Mais le fait que ces coupures soient souvent situées sur les crêtes pose des problèmes d’alimentation en eau pour les bêtes, et ce n’est donc pas si simple à mettre en place. Idem pour la vigne qui nécessite souvent un arrosage lors des premières années.

Il y a aussi une question financière, au-delà des seules restrictions environnementales. Si ce ne sont pas les brebis, ce sont des entreprises spécialisées dans le débroussaillement et le défrichage de ces grandes surfaces.

D'autres exemples sont également cités comme par exemple les problématiques de désherbage au milieu des vignes. Certaines méthodes poussées par les écologistes favoriseraient la pousse des herbes et faciliterait le passage du feu contrairement aux méthodes plus traditionnelles, mécaniques ou chimiques, qui mettent la terre à nu et font des parcelles de vignes d'excellents pare-feux.

Protéger la forêt est aussi une question d’argent

Si le débat sur les moyens de la Sécurité civile, et notamment sur les Canadair, a fait irruption dans la campagne présidentielle, au niveau local, le Département et la Région sont aussi très impliqués pour soutenir la résilience du territoire face aux feux.

Le Département finance en grande partie les pompiers via les SDIS et va même au-delà avec des forestiers-sapeurs qui disposent de compétences particulières, utiles notamment dans la création de pistes ou de feux tactiques.

La Région Sud aussi est très active, notamment dans le financement de ces comités locaux contre les feux de forêt, ces bénévoles qui alertent et interviennent rapidement lors des départs de feu.

La Région finance aussi les aménagements des pistes DFCI au cœur des massifs, la plantation d’arbres ou encore l’aménagement d’un « pélicandrome » sur la base d’Hyères.

2,6 M€ ont été investis pour permettre aux avions Dash de s’y ravitailler lors des incendies et de gagner de précieuses minutes. Cinq autres millions vont permettre de moderniser les équipements des pompiers.

« Avec la Région et l’État, nous finançons aujourd’hui à Istres HYNAERO, qui devrait permettre d’avoir des bombardiers d’eau français de nouvelle génération », souligne également François de Canson. « C’est déjà 7 millions qui ont été mis en partenariat avec l’État et la Région sur ce dossier parce qu’on se doit d’avoir un projet sur notre sol pour avoir enfin des avions à disposition dont on peut maîtriser la chaîne de production. »

Ces investissements traduisent une volonté commune de renforcer à la fois la prévention, les infrastructures et les moyens aériens et terrestres de lutte contre les incendies.

Enfin, le Département et la Région ont mobilisé 6 millions d’euros pour aider les territoires sinistrés.

 

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