Que retenir des 18 jours de lutte contre l’incendie du Gros Bessillon ? Outre les 6 300 hectares parcourus par les flammes, la quarantaine de maisons détruites et les milliers de pompiers mobilisés, l’heure est au retour d’expérience.
Avec un objectif clair : rendre le territoire mieux armé pour faire face à ces risques, en anticipant et en renforçant sa résilience, mais aussi en luttant plus efficacement contre les flammes.
Les risques d’incendie ne sont pas nouveaux dans le Var, mais cet incendie a été hors normes, notamment par sa durée et la difficulté qu’ont eue les pompiers à le maîtriser. Outre les comportements criminels qui ont réactivé les flammes à deux reprises, les pompiers ont été confrontés à une végétation particulièrement sensible, mais aussi à des conditions de lutte qui auraient pu être améliorées.
Pour cela, le préfet du Var, Simon Babre, accompagné de la Région Sud et du Département du Var, veut imposer une réflexion et une méthode pour élaborer, dès la fin de l’année, une note de stratégie avec un plan d’action et des propositions destinées à alimenter les travaux de la mission parlementaire qui doit réfléchir à un projet de loi sur la Sécurité civile.
Cette réflexion s’organise en lien avec les maires et les différents services de l’État autour de quatre groupes de travail :
• La gestion forestière, ou comment rendre la forêt naturellement plus résistante au feu ;
• La prévention des incendies, avec les aménagements tels que les pistes DFCI, les patrouilles de surveillance et le débroussaillement ;
• La lutte contre les incendies, qui passe par les questions d’accès à l’eau pour les pompiers, mais aussi par les moyens de lutte contre le feu ;
• L’aménagement du territoire, c’est-à-dire comment les constructions et les activités humaines et agricoles peuvent cohabiter avec un risque croissant d’incendies.
« Le territoire du Gros Bessillon sera érigé en territoire test, pour qu’on aille plus vite, qu’on y teste toutes les idées. »
Simon Babre, préfet du Var
Plusieurs exemples concrets ressortent des difficultés rencontrées par les pompiers sur ce feu.
« On a un territoire qui était mal adapté. Le massif du Gros Bessillon a été trop impénétrable », explique le préfet. Les pistes ont manqué aux pompiers pour leur permettre de combattre plus efficacement l’incendie et d’aller au-devant du feu, plutôt que d’attendre sa progression. Et parfois, lorsqu’elles existaient, ces pistes pouvaient être trop étroites. Les gros camions de pompiers ont ainsi pu hésiter à s’engager, au risque de ne pas pouvoir se retourner ou se dégager.
30 km de pistes ont dû être créés dans l’urgence pendant l’incendie.« Ce n’est pas une situation satisfaisante. Ces pistes auraient dû exister avant l’incendie », reconnaît le préfet.
Pour éteindre un feu de forêt, il faut de l’eau. C’est une banalité, mais dans un secteur où l’eau est rare en été, les pompiers ont eu ici des difficultés à se réapprovisionner, notamment du fait de la durée particulièrement longue de l’incendie.
Outre le combat contre les flammes, ce pompage d’eau massif par les pompiers a aussi déstabilisé l’approvisionnement en eau de la population. Les pompiers ont pu compter sur une impressionnante et nécessaire noria d’agriculteurs venus les ravitailler, mais ce n’est pas « normal ». Pour la première fois, un poste de commandement dédié à l’approvisionnement en eau a dû être créé.
Parmi les pistes d’amélioration pour les prochains étés, le préfet cite par exemple l’alimentation électrique des châteaux d’eau. Entre les coupures volontaires des lignes à haute tension pour permettre le passage des avions et les câbles brûlés par le feu, certaines pompes ont été hors service, ce qui a compliqué le travail des pompiers.
Le préfet suggère donc de sécuriser l’approvisionnement en eau en pré-positionnant des groupes électrogènes sur ces sites stratégiques en été. L’accès à l’eau doit aussi être amélioré en lien avec le Canal de Provence.
« On a changé de doctrine : pour la première fois, on a eu des évacuations de zones pavillonnaires », explique Simon Babre. « L’incendie des Arcs-Taradeau nous a montré l’extrême fragilité de l’interface pavillonnaire entre une forêt en feu et la ville, le village. »
Avec des feux qui avancent très rapidement et de nombreuses habitations en lisière de forêt, c’est donc une nouvelle stratégie qui est mise en place : « On évacue les zones d’habitat en dur à l’interface avec la forêt, on confine les cœurs du village. »
Des évacuations préventives ont été réalisées, avec 27 messages FR-Alert. Ces messages géolocalisés par ville appellent la population à évacuer ou à se confiner dans tel ou tel quartier, avec davantage de précision et d’anticipation, même si les conséquences psychologiques de ces évacuations pour les milliers de personnes déplacées restent aujourd’hui difficilement mesurables.
Concernant la protection des habitations, le préfet souhaite également connaître les causes exactes pour lesquelles 38 maisons ont brûlé. Leur destruction aurait-elle pu être évitée avec un meilleur débroussaillement ou s’agit-il d’un autre problème ?
Pour l’incendie de Gonfaron en 2021, neuf habitations sur dix qui avaient brûlé avaient connu des problèmes de débroussaillement.
« On va voir si on a la même proportion, et apprendre de cette dynamique du feu et de cet impact du feu sur le bâti, sur ces zones d’interface avec la forêt. »
Dans tous les cas, le rôle du débroussaillement reste essentiel pour protéger les habitations et des contrôles seront renforcés d'ici l'été 2027.
Voici la retranscription du document de la Préfecture du Var qui présente pour chacune des quatre thématiques, les différents acteurs, enjeux et pistes de travail
Objectifs :
Optimiser la gestion sylvicole en dressant un état sanitaire des forêts dans le département en définissant ses usages et en anticipant le changement climatique.
Pilotes du groupe de travail :
- Conseil régional, Direction départementale des territoires et de la mer, Office national des forêts et Centre national de la propriété forestière.
Les premières actions à mener :
- Réaliser un plan de reconquête des terres incendiées du Gros Bessillon en s’appuyant notamment sur l’expérience du feu de Gonfaron en 2021.
- Diagnostiquer les massifs incendiés pour prioriser les travaux d’exploitation afin de limiter le risque sanitaire (notamment scolytes) et maximiser la conservation de bois sur pied pour accompagner la régénération et le maintien des sols.
- Définir un plan de gestion des forêts avec des orientations sylvicoles et d’agroforesterie adaptées au changement climatique, en favorisant la résilience des peuplements, la diversification des essences, la restauration des milieux dégradés, la préservation des fonctions écologiques de la forêt et orienter les financements publics en fonction des besoins.
- Développer les filières spécifiques à la forêt méditerranéenne, pin d’Alep, chêne liège (transformation, commercialisation).
- Mettre en oeuvre une sylviculture dynamique dans les pinèdes afin de réduire la biomasse combustible. Améliorer les les conditions de desserte forestière pour le transport des bois après coupe en lien avec les comités de massif.
- Mettre en place un observatoire renforcé de la santé des forêts sur le département pour mieux qualifier et spatialiser l’état sanitaire des forêts afin d’orienter les opérations de gestion en vue de travaux d’amélioration sanitaire (coupes sanitaires, renouvellement forestier…).
- Travailler avec les opérateurs de l’insertion en lien avec les communes et les professionnels pour le nettoyage et la replantation après les incendies.
Objectifs :
• Obligations légales de débroussaillement – OLD
• Défense des forêts contre les incendies – DFCI (et notamment la mise en oeuvre des servitudes sur toutes les pistes DFCI)
• Dispositif de surveillance estivale
• Réglementation de l’accès aux massifs
• Incidences des centrales photovoltaïques au sol.
Pilotes du groupe de travail :
- Interservices forêt Var : Service départemental d’incendie et de secours, Conseil départemental, Direction départementale des territoires et de la Mer, Office national des forêts
- Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt, Conseil régional, Délégation à la protection de la forêt méditerranéenne, Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, Office français de la biodiversité.
Dispositifs en place sur lesquels s’appuyer :
-Plan départemental de protection des forêts contre les incendies – PDPFCI,
- Plan intercommunal de débroussaillement et d’aménagement forestier – PIDAF.
Contributeurs-clés :
Association des communes forestières - AMF (CCFF), maîtres d’ouvrages PIDAF, Chambre d’agriculture, parcs naturels régionaux, syndicats de massifs, Parc national de Port-Cros, Réserve naturelle nationale de la plaine des Maures.
Parmi les actions prioritaires :
→ Accélérer la réalisation des travaux de création et de maintien en état des ouvrages DFCI, ainsi que de coupures agricoles à fort intérêt DFCI.
→ Faciliter la réalisation de ces travaux au regard des procédures environnementales. Établir une carte départementale des secteurs d’implantation des coupures de combustible au regard des couloirs de feux et de la prise en compte des espèces protégées.
→ Articuler le calendrier de réalisation des travaux DFCI et les modalités techniques de réalisation de ces travaux avec le calendrier des espèces protégées, pour améliorer la préparation du territoire dès l’été 2027.
→ Mettre en place des patrouilles de surveillance et d’intervention dans tout le département.
→ Réaliser un retour d’expérience des OLD et de la défendabilité des secteurs impactés par les incendies de l’été 2026.
→ Mettre en place un plan de contrôle des OLD en lien avec les maires.
→ Produire davantage de plans de débroussaillement pour guider l’action de contrôle des communes.
→Renforcement des effectifs et des moyens des FORSAPS
Objectifs : Gestion de crise et de post-crise
Pilotes du groupe de travail : Conseil régional, SDIS avec Conseil départemental, DDTM, ONF
Dispositifs en place sur lesquels s’appuyer :
• PDPFCI- Plan départemental de protection des forêts contre l’Incendie,
• Cellule Forestière d’Expertise
Contributeurs-clés :
Association des communes forestières, AMF, maîtres d’ouvrage PIDAF, OFB, parcs naturels régionaux, chambre d’agriculture, syndicats de massifs, parc national de Port-Cros.
Parmi les actions prioritaires :
→ Établir un plan départemental des points d’eau de proximité (réseaux d’eau, retenues, réseau Société du canal de Provence - SCP, canaux…).
→ Reprise en gestion des ouvrages hydrauliques existants.
→ Sécuriser le financement des projets portés par la Société du Canal de Provence.
→ Définir un plan d’investissement de modernisation des moyens logistiques de surveillance et d’attaque du feu et les innovations technologiques à développer en lien avec les évolutions législatives du financement de la lutte incendie.
→ Création d’une application de géolocalisation des départs de feu pour les patrouilles avec la cellule IA du département.
→5 millions d’euros supplémentaires mobilisés par le Conseil régional au titre du Fonds « Soldats du feu ».
Objectifs :
Prendre en compte le risque feux de forêt dans l’urbanisation en réduisant la vulnérabilité des secteurs urbanisés proches des massifs, en gérant les demandes de reconstruction après les sinistres et en intégrant les enjeux environnementaux, dont le risque incendie, dans les choix d’aménagement du territoire.
Pilotes du groupe de travail :
-Direction départementale des territoires et de la mer, Conseil régional , association des
maires du Var, SAFER et Chambre d’agriculture
Les premières actions à mener :
- Eviter l’urbanisation dans les secteurs fortement exposés, en déployant des porter à connaissance sur l’incendie de forêt.
- Arrêter le développement de l’urbanisation dans les quartiers ne présentant pas une Défense extérieure contre l’incendie (DECI) satisfaisante, notamment pour ce qui concerne les accès.
- Limiter le dommage des habitations par des mesures constructives strictes en l’absence de Plan de prévention du risque incendie de forêt (PPRIF).
- Établir des coupures de combustible
- Multiplier les coupures agricoles
- Déployer un appel à manifestation d’intérêt pour l’exploitation de parcelles irriguées.
- Renforcer l’accompagnement des primo-installations