L’élection d’Eric Ciotti à la mairie de Nice s’est aussi faite sur un programme alternatif concernant les Jeux Olympiques des Alpes françaises de 2030 : Refus d’utiliser le stade de l’Allianz Arena, de construire une nouvelle patinoire ou choix différents concernant l’emplacement du village olympique… Dans sa logique de prendre le contre pied des projets de Christian Estrosi, Eric Ciotti prend aussi le risque de se prendre les pieds dans le tapis et tout perdre concernant l’accueil des Jeux Olympiques à Nice.
« Je constate que Monsieur Ciotti est pour les Jeux, et qu’il a présenté un dossier qui n’est pas éligible au CIO et aux fédérations internationales. Je l’ai eu au téléphone hier et ce matin, nos équipes vont rencontrer les siennes d’ici la semaine prochaine pour voir les solutions que l’on peut trouver compte tenu des délais. Nous devons valider la totalité des sites sur toute la France entre le 15 et 30 avril. » affirme ce mercredi après-midi Renaud Muselier lors d’une grande présentation auprès des filières économiques mobilisées pour participer aux Jeux.
Après les promesses, voici donc venu le temps des actes et surtout de se confronter à la réalité du dossier niçois. « Il a dit certaines choses dans sa campagne qui sont assez loin du dossier initial. Donc quelle sera son évolution ? » s’interroge le Président de la Région. Le ton reste courtois car il sait que c’est dans l’intérêt de tout le monde de trouver une porte de sortie honorable qui permette l’accueil des Jeux à Nice sans pour autant tout remettre en cause. Le temps et les contraintes d'organisation des Jeux ne le permettent plus.
« S’ils ne le veulent pas les Jeux, on ira ailleurs » : le coup de pression de Renaud Muselier avec son plan B
Renaud Muselier entouré d'Edgar Grospiron et des partenaires institutionnels des JO 2030 ce 25 mars à Marseille
Renaud Muselier tend la main d’un côté mais sait aussi qu’il est en position de force : «L’organisation des Jeux, c’est un parcours du combattant depuis janvier 2022, il n’y a pas un jour sans difficultés. Donc on les fera, on va s’adapter au territoire. On va les poser gentiment sur les territoires s’ils l’acceptent et le veulent, et s’ils ne le veulent pas, on ira ailleurs. »
Si le Président de la Région Provence Alpes Côte d’Azur a refusé de parler du moindre détail de son plan B, on peut quand même imaginer quelques pistes.
Il s’agirait d’abord de savoir si on acterait le départ de quelques épreuves ou de tout ce qui est organisé à Nice.
Le principal point de crispation concerne aujourd’hui l’utilisation du stade de l’Allianz Riviera.
Pour rappel, le projet actuel du comité d’organisation prévoit de l’utiliser pour y accueillir les épreuves de hockey sur glace. L’actuelle enceinte de 36 000 places serait ainsi divisée en deux parties, l’une pour les matches de hockey sur glace masculins, avec une configuration de 15 000 spectateurs et une autre pour les matches féminin avec une jauge plus réduite. Il faudra donc transformer l’actuel stade en y installant des tribunes éphémères, en recouvrant son toit et en installant une patinoire. Les différents scénarios imaginent une indisponibilité pour l’OGNice durant environ deux mois. Durant cette période, les matches de foot à domicile des Aiglons devraient alors se jouer sur un autre terrain, et on peut imaginer que le club obtienne une compensation financière pour ce désagrément et manque à gagner.
Marseille, Gap, Briançon ou Lyon. Quelles solutions de repli pour des Jeux hors de Nice ?
Le plan des installations à Nice pour les Jeux Olympiques de 2030
Disposer d’une patinoire de 15 000 places est très important pour le budget des Jeux. Un spécialiste des JO nous confirme que ces épreuves de hockey sont une vraie cash-machine pour les olympiades d’hiver, les seules capables de générer de forts revenus avec une telle jauge. En clair, organiser les épreuves de hockey dans une patinoire plus petite dans la région, comme à Marseille avec 5600 spectateurs voire Gap ou Briançon, respectivement 2800 et 2200 places priverait les organisateurs d’importantes ressources de billetterie.
Reste l’option lyonnaise. Le maire écolo Grégory Doucet n’a jamais réellement déclaré sa flamme à l’accueil des Jeux Olympiques incompatibles avec ses valeurs, mais par pragmatisme, il accueillerait quand même avec plaisir des épreuves voire même des cérémonies dans sa ville. Depuis plusieurs mois, la LDLC Arena fait un clin d’œil au COJOP, avec une salle de 16 000 spectateurs très facilement configurable pour être transformée en stade de hockey sur glace.
Ainsi, dans le scénario le plus extrême, on acterait alors un départ de toute less épreuves de Nice. La nouvelle carte pourrait alors intégrer Lyon et un recentrage autour du pôle Briançonnais, voire de l’Ubaye qui a toujours souhaité accueillir des épreuves mais n’a jamais pu intégrer carte des sites suite à la priorité donnée à Nice.
Car Nice doit également accueillir le centre des médias, un village des athlètes et aussi la cérémonie de clôture. Si toutes ou la plupart des épreuves de glace disparaissent de la Côte d’Azur, il y aura aussi certainement, par ricochet, le départ de ces trois éléments : plus d’athlètes donc plus besoin de village pour les héberger, plus de compétitions donc plus aucune raison d’y implanter les médias et enfin plus aucune logique à y organiser la cérémonie de clôture, a fortiori dans une ville désormais d’extrême droite qui a dit non à l’accueil des Jeux.
Quelles retombées économiques pour les Jeux à Nice ?
Le COJOP estime aujourd’hui que l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver des Alpes françaises en 2023 aura 6 milliards d’euros de retombées économiques, dont 2,4 milliards net. 1,4 milliard d’investissement sont d’ores et déjà programmés comme l’aménagement ou la rénovation d’équipements, la construction des villages des athlètes et les aménagements autour des sites.
Concernant Nice en particulier, le COJOP estime à 400 millions d’euros les retombées pour la ville. Un impact qui doit aussi prendre en compte l’image de la ville comme par exemple les 3 milliards de téléspectateurs cumulés lors de cette olympiade de Milan Cortina.
Il faut aussi noter que les épreuves de glace attirent habituellement un public américain et canadien à fort pouvoir d’achat, avec un impact touristique réel pour l’économie locale.
En termes d’investissements, la SOLIDEO, en charge des aménagements des jeux a programmé 275 millions d’euros de travaux à Nice avec deux grands chantiers : la construction d’une nouvelle patinoire et d’un village des athlètes. Ces deux constructions seront pérennes et resteront dans l’héritage des Jeux pour les Niçois. Ce budget est pris en charge par les organisateurs et la Région en très grande partie. En clair, et contrairement à ce qui a pu être prétendu lors de la campagne des municipales, les Niçois n’auront pas à les payer par leurs impôts.
Le coût de la transformation de l’Allianz Riviera pour les épreuves de hockey, ainsi qu’un éventuel dédommagement à l’OGNice n’ont été communiqués.
Crédit photo une : match Hockey Sur Glace féminin lors des Jeux Olympiques Hiver Milan Cortina 2026 - Dépositphotos.com Banque d'image en ligne