Ernest Pignon-Ernest à l'honneur au musée Ziem de Martigues

Publié par Pauline le 21/05/2026

200 ?"uvres, 60 ans de création engagée, et une histoire d'amour entre un artiste et une ville. Le musée Ziem de Martigues offre cet été la plus grande rétrospective jamais consacrée à Ernest Pignon-Ernest dans la région ?" et l'exposition est gratuite.

Du 23 mai au 15 novembre 2026, le musée Ziem de Martigues donne carte blanche à Ernest Pignon-Ernest, l'une des figures les plus singulières et les plus radicales de l'art contemporain mondial. Pionnier du collage urbain à grande échelle, ce Niçois de 84 ans a passé six décennies à coller ses silhouettes charbonneuses grandeur nature sur les murs du monde entier — de Soweto à Haïti, de Naples à la Palestine. Mais avant tout ça, il y avait eu Martigues.

Un artiste, une ville, une trace indélébile


C'est en 1982 que tout commence ici, dans la « Venise provençale ». La conservatrice du musée Ziem, Joëlle Pijaudier, invite alors ce jeune artiste à investir les ruelles et les quais de la ville pour célébrer l'installation du musée dans l'ancienne caserne des douanes du boulevard du 14 juillet. Trois figures colossales se déploient alors dans les quartiers populaires, le long des canaux, jusque sur fond de cheminées pétrochimiques : Prométhée, inspirée d'un portrait de Robert Oppenheimer, et la Martégale, clin d'œil complice à une œuvre des collections du musée.

L'année suivante, en 1983-1984, Pignon-Ernest revient à Martigues pour faire naître l'une de ses séries les plus emblématiques : les Arbrorigènes. Ces sculptures végétales, dont l'idée germe lors de discussions avec le scientifique Claude Gudin, se déploieront ensuite dans d'autres villes de France. Martigues en aura donc été le berceau.
De ce passage, quarante ans plus tard, il reste encore quelque chose d'exceptionnel : une dizaine de dessins tracés directement de la main de l'artiste sur un pan de mur du musée Ziem — études anatomiques, ébauche de la Martégale, silhouette de Prométhée — qui saisissent toujours le regard du visiteur. Une trace pérenne rarissime pour un artiste qui a érigé l'éphémère en principe fondateur.

200 œuvres pour traverser soixante ans d'engagement


L'exposition réunit 200 œuvres — dont certaines inédites — pour retracer le parcours complet de l'artiste, depuis sa première intervention in situ sur le plateau d'Albion en 1966, en réaction à l'implantation de la force de frappe atomique, jusqu'à son travail à Haïti en 2019. Entre les deux, un demi-siècle d'histoire traversé par les grands drames collectifs : la Commune de Paris, l'Apartheid, Hiroshima, les expulsions, les immigrés, les maladies professionnelles.
Ses dessins au charbon sérigraphiés puis collés, toujours à échelle humaine, dialoguent avec l'architecture et la mémoire des lieux qu'ils habitent. Réalisés la nuit, sans autorisation, conçus pour se dégrader et finir par disparaître, ils ne laissent derrière eux que des croquis, des photographies et des sérigraphies — c'est précisément cette archive que le musée Ziem expose.
L'exposition rend également hommage aux poètes et écrivains qui ont nourri l'imaginaire de l'artiste : Rimbaud, Pasolini, Desnos, Neruda, Genet, Artaud, Darwich… Des noms qui disent à eux seuls la nature profondément humaniste et littéraire d'une œuvre qu'on réduit trop souvent à ses seuls aspects plastiques.

Pignon-Ernest commissaire — et les collections du musée révélées


Le musée Ziem a poussé l'invitation plus loin encore : il a proposé à Ernest Pignon-Ernest d'endosser le rôle de commissaire d'exposition en lui confiant la sélection d'une cinquantaine d'œuvres dans ses propres collections graphiques — un fonds de plus de 4 700 dessins, gravures et estampes, dont les précieux carnets de voyage de Félix Ziem. Des dessins inédits et jamais exposés émergent ainsi au fil des salles, en résonance directe avec la minutie du trait et l'attention au corps propres au travail de Pignon-Ernest.

L'exposition intègre aussi une dimension participative et documentaire : le musée a numérisé une cinquantaine de diapositives d'époque retraçant les ateliers de sérigraphie installés dans les centres sociaux de la ville et les différentes étapes de création des Arbrorigènes. Des témoignages vidéo d'habitants — ceux qui avaient participé au projet, ou simplement ceux qui se rappellent avoir été surpris au petit matin par ces silhouettes surgies de nulle part — sont diffusés au cœur de l'exposition.

En parallèle : l'artiste urbaine Les Murs ont des Oreilles investit le hall


Fidèle à sa politique de soutien aux artistes contemporains, le musée Ziem a confié à l'artiste urbaine Les Murs ont des Oreilles la création d'une fresque originale pour l'espace d'accueil. Sa pratique — des collages grand format réinterprétant des œuvres méconnues de l'histoire de l'art pour illustrer des expressions idiomatiques françaises et régionales — entre en écho naturel avec la démarche de Pignon-Ernest. Un seuil symbolique entre rue et musée, entre mémoire orale et espace institutionnel.

Autour de l'expo 

Nuit européenne des musées
Samedi 23 mai de 18h à 22h
Pour l’ouverture de l’exposition, le musée pousse ses murs et propose de partager de beaux moments sous le regard des œuvres d’Ernest Pignon-Ernest. Poètes, dessinateurs, danseurs, musiciens investiront les espaces intérieurs et extérieurs pour faire vivre à chacun un moment particulier.

Concert de Walid Ben Selim
Dimanche 4 octobre à 18h à la chapelle de l’Annonciade
Grand nom de la poésie soufie, le chanteur et compositeur marocain allie des vers millénaires et contemporains à son chant suave et pénétrant, délicatement soutenus par les cordes de la harpiste Marie-Marguerite Cano. Un concert superbe, hors du temps, suspendu, porté par le besoin de poésie et de paix. En partenariat avec la scène nationale Les Salins.

 

Horaires d’ouverture
Du 1er septembre au 30 juin : du mercredi au dimanche de 14h à 18h
Du 1er juillet au 31 août : ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 12h
et de 14h à 18h

 

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