Pour cette création présentée au Holland Festival puis au festival Montpellier danse cet été, Emio Greco et Pieter Scholten ont donc repris les codes et les éléments des créations précédentes en les poussant un peu plus loin.
Rien de vraiment novateur mais la mise en avant de la puissance du groupe, un travail physique et précis qui pousse les corps des danseurs dans leurs derniers retranchements : c’est la dimension extrême.
Pas de fioritures, les ensembles ou plutôt l’ensemble du groupe forme une entité compacte mais fluide qui remplit la totalité du plateau. L’œuvre met donc en avant de vastes mouvements collectifs comme des vagues d’énergie animées de mouvements bruts et physiques : c’est l’aspect minimaliste.
L’effet de masse et la chorégraphie sont menés tambour battant et les corps des danseurs ne forment souvent plus que le corps du ballet lui-même, comme le revendiquait déjà la précédente création.
Dans « Extremalism, le corps en révolte », l’individu ne vaut alors plus en tant que tel mais en tant que maillon d’une chaîne, ces mêmes maillons que l’on retrouve dans les seuls éléments du décor, les rideaux qui recouvrent le fond de scène et la sculpture lumineuse monumentale du Studio Stallinga.
Il y a d’ailleurs dans cette création et dans la présence de cette sculpture et des costumes, une intemporalité comme la revendication d’un héritage qui lui confère un aspect tantôt suranné tantôt familier.
Les éclairages souvent cuivrés renforcent l’effet de masse, d’uniformité qui n’est animée que par l’énergie et les mouvements de flux et de reflux, de croisement des danseurs.
Devant une telle densité on se surprend presque naturellement à rechercher des individualités qui accrocheraient notre regard, fixeraient notre esprit. Ces instants rares surviennent parfois comme par exemple dans la présence de Nonoka Kato, rare moment ou une danseuse se retrouve seule sur l’avant-scène bientôt rejointe par l’ensemble de la troupe ou encore dans l’énergie d’Angel Martinez Hernandez ou l’intensité d’interprétation de Valeria Vellei.
La chorégraphie impose sa respiration, celle du corps du ballet dont l’alternance de moment calmes et plus endiablés est classiquement soulignée par la fluctuation de l’intensité musicale sonore.
Au milieu de cette performance à la fois explosive et marathon physique la belle inspiration provient peut être de l’apparition quasi surréaliste du chanteur Jodie Landau.
Sa présence lunaire apporte un souffle d’apaisement, contraste visuel des corps et des moyens d’expressions, sa voix presque fragile est un beau moment de douceur, un retour à l’individualité qui apaise et par contraste souligne la force de cette esthétique mais uniforme armée de danseurs.
Par Didier Philispart