Ce mardi 5 mai marque le lancement officiel d’une nouvelle mission portée par la Fondation Race for Water, engagée depuis plusieurs années dans la protection des océans. Avec « Posidonia Connect », l’organisation inaugure une première campagne scientifique d’envergure en Méditerranée, mêlant innovation technologique, recherche et sensibilisation.
Un bateau pas comme les autres
Plongeur depuis le MODX70 - Copyright Eric Loizeau - Fondation Race for Water
Au cœur de cette expédition, un navire hors norme : le MODX 70. Pensé comme un modèle décarboné, ce catamaran fonctionne exclusivement à l’énergie électrique, sans recourir à la moindre goutte de carburant fossile. Doté d’ailes gonflables inspirées de l’aéronautique, il exploite la force du vent pour se maintenir en portance et avancer, tout en restant silencieux. Rétractables, ces ailes offrent une grande flexibilité et témoignent d’une prouesse technique. « Le concept était clair : prouver qu’un bateau peut naviguer durablement sans fioul. Et aujourd’hui, c’est une réussite », explique Jean Guyon, l'un de ses concepteurs. Conçu pour durer dans le temps, ce bateau s’inscrit dans une nouvelle génération d’unités d’expédition, à la fois innovantes et respectueuses de l’environnement. « C’est un modèle vertueux qui nous a épatés à la Ville de Marseille, bien au-delà de la surprise », ajoute Hervé Menchon, élu en charge de l'environnement à la Ville de Marseille.
Cette mission s’inscrit dans la continuité des précédentes actions de la fondation, notamment ses expéditions dédiées à la pollution plastique. C’est d’ailleurs à partir de ces expériences, et de l’intégration progressive des énergies renouvelables à bord de leurs anciens navires, qu’est née l’idée du MODX 70. Aujourd’hui, la fondation structure son engagement autour de trois axes : apprendre, partager et agir (« learn, share and act »). L’objectif est d’allier recherche scientifique, diffusion des connaissances et mise en place de solutions concrètes.
La posidonie, la perle rare et fragile de la Méditerranée
Copyright Sabrina Inderbitzi www.superstarseagrass.com
L’un des axes majeurs de cette campagne consiste à mieux comprendre les liens étroits entre l’océan et le climat. Les scientifiques cherchent à analyser à la fois le rôle des océans dans la régulation climatique et les conséquences du réchauffement sur les écosystèmes marins. Dans ce contexte, la posidonie apparaît comme un indicateur clé. Cette plante marine, endémique de la Méditerranée, est souvent confondue avec une algue, mais il s’agit en réalité d’une plante à fleurs essentielle à l’équilibre écologique. Elle agit comme un véritable puits de carbone, contribue à la production d’oxygène et offre un habitat indispensable à de nombreuses espèces, jouant ainsi un rôle de nurserie et de refuge pour la biodiversité. Elle participe également à la stabilisation des fonds marins et à la protection du littoral contre l’érosion.
Le projet « Posidonia Connect » s’appuie notamment sur les travaux du GIS Posidonie, basé à Marseille. Les chercheurs utilisent un indicateur global, l’EBQI (Ecosystem-Based Quality Index), qui permet d’évaluer non seulement l’état de la plante, mais aussi celui de l’ensemble de l’écosystème qui l’entoure : poissons, invertébrés et oiseaux marins. Une approche globale indispensable pour mieux comprendre les dynamiques environnementales à l’échelle de la Méditerranée.
Marseille n'est que le début de l'aventure
L'équipe et les élus à Marseille ce mardi 5 mai
L’escale à Marseille ne se limite pas à un simple point de départ. Elle constitue un véritable temps d’échange et de mobilisation. Des ateliers y sont organisés avec des acteurs locaux : scientifiques, architectes navals, professionnels du maritime ou encore décideurs publics. L’ambition est de sensibiliser largement, mais aussi de faire émerger des solutions concrètes, notamment en matière de décarbonation du transport maritime. « C’est impossible de ne pas soutenir un projet comme celui-ci », confie Hervé Menchon.
À l’origine de cette initiative, on retrouve également des projets précurseurs, comme Reposeed, qui ont mis en lumière l’importance stratégique de la posidonie pour le territoire marseillais. Présente sur de vastes zones marines, elle joue un rôle clé dans l’équilibre de la rade et des écosystèmes côtiers. Mais ses enjeux dépassent largement les frontières locales : elle s’étend sur l’ensemble du bassin méditerranéen, sans véritable limite, ce qui en fait un élément central des politiques de préservation marine.
Marseille s’impose ainsi comme " le port d’attache" de cette odyssée scientifique, appelée à se déployer bien au-delà, de la Méditerranée jusqu’à l’Atlantique Nord et aux Caraïbes. Cette mission doit permettre de préciser l’impact du changement climatique sur les herbiers de posidonie dans différentes zones, et pourrait donner naissance à de nouveaux projets internationaux.
Avec cette première mission, la Fondation Race for Water confirme son ambition : proposer des solutions concrètes, s’appuyer sur la science et démontrer qu’un autre modèle maritime, plus propre et plus durable, est non seulement possible, mais déjà en marche.
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