Après quatre siècles d’absence, elle revient enfin là où tout a commencé: Prêtée exceptionnellement par le musée du Louvre, la statue retrouve pour la première fois depuis 2013 la ville où elle fut mise au jour en 1651, dans les vestiges du théâtre antique. Mais ici, il ne s’agit pas seulement d’un retour patrimonial : l’exposition propose une véritable immersion dans les multiples visages d’Aphrodite — devenue Vénus chez les Romains —, figure aussi insaisissable que fascinante.
Une occasion rare de suivre, presque pas à pas, les métamorphoses de Vénus à travers les siècles
Les commissaires ont fait un choix fort : ne pas reléguer la déesse au milieu d’œuvres secondaires ou de simples figures décoratives, mais lui offrir un véritable face-à-face avec des œuvres majeures. Autour de la Vénus d’Arles, une trentaine des plus belles représentations de la déesse ont été réunies, venues du Louvre et d’autres grands musées. .
Car, comme le rappelle l’historien d’art Jean de Loisy, il n’existe pas une seule Aphrodite, mais « des myriades d’Aphrodites ». Déesse céleste sous la forme d’Aphrodite Ourania, plus terrestre sous d’autres aspects, elle traverse les croyances et les cultures sans jamais se laisser enfermer dans une définition unique. Elle n’est « pas l’objet d’un seul culte », mais d’une infinité d’interprétations, mouvantes et vivantes.
L’exposition révèle ainsi une déesse bien loin des clichés figés de la simple beauté idéale. Aphrodite peut être liée à la guerre, associée à Arès, dieu du combat. Derrière la douceur apparente de ses traits et la perfection de ses formes, se cache une figure de puissance. Car Vénus n’incarne pas seulement l’amour ou la beauté : elle est la puissance même de l’amour et de la beauté — une force capable de troubler, séduire, dominer et transformer.
Au cœur du parcours, la Vénus d’Arles captive par son ambiguïté. Inspirée d’un modèle attribué à Praxitèle, elle semble habitée d’une émotion presque humaine. Jean de Loisy évoque ce « regard chargé d’émotion », hérité du regard dit « scopasique », qui confère à la sculpture une intensité troublante. À la fois fragile et souveraine, la déesse paraît osciller entre vulnérabilité et pouvoir, comme si elle nous observait autant que nous la contemplons.
Tout l’univers symbolique qui entoure Aphrodite
Des colombes, des fleurs, des miroirs, des oiseaux, ou encore la parure féminine : c'est tout le bonheur qu'offre l'univers qui orbite autour de notre Venus. Le miroir, notamment, s’impose comme un objet fascinant et ambigu — à la fois instrument de beauté et piège d’illusion. Quant à la parure, elle devient une forme de pouvoir, presque une stratégie de séduction.
À travers sculptures antiques, œuvres modernes et regards contemporains, Le Passage de Vénus retrace la trajectoire d’une figure qui traverse les siècles sans jamais perdre son pouvoir de fascination. Plus qu’une exposition sur une statue antique, c’est une invitation à interroger le désir, le regard, le corps et les forces invisibles de la séduction.
Pour Arles, ce retour a une portée presque symbolique : celle d’une déesse qui retrouve enfin la ville qui l’a révélée au monde. Une rencontre rare entre mémoire antique et regard contemporain — et une expérience qui promet de marquer durablement les esprits.
"Quand on décide de faire venir la Vénus d'Arles dans le musée d'Arles Antique, on n'imagine pas tout le travail qu'il y a derrière et toute la scénographie qui a été faite. C'est un travail tout à fait remarquable et qui montre bien que la Vénus a passé tous ces millénaires sans prendre une seule ride avec des définitions de la beauté, des définitions de la féminité qui sont tout à fait exceptionnelles."
Martine Vassal, Présidente du Département des Bouches du Rhône
La Présidente du Département revient sur ce projet imaginé avec le maire d’Arles et sur la charge symbolique de cette œuvre, incarnation d’une féminité intemporelle : "Elle était venue furtivement dans les années 2012-2013. Mais là on a voulu la mettre en relief et je pense que c'est une belle réussite. Avec une interprètation de la Vénus de manière contemporaine, de manière moderne." souligne-t-elle.
Artistes contemporains
Chantal Akerman - Bianca Bondi - Serena Carone - Ali Cherri - Lucien Clergue - Wim Delvoye - Rineke Dijkstra - Gloria Friedman - Arthur Gillet - Les Guerrilla Girls - François Halard - Laure Prouvost - Annette Messager - ORLAN - Pistoletto - Man Ray - Martial Raysse - Niki de Saint Phalle - Françoise Vergier - Andy Warhol.
Prêteurs Publics
- Paris - Musée du Louvre
- Paris - Musée Rodin, Mobilier National - Manufactures des Gobelins, Musée Gustave Moreau, Centre national des arts plastiques
- Lyon : Musée des Beaux-Arts, Lugdunum - Musée et théâtres romains
- Nîmes : Carré d’Art
- Arles : Musée départemental Arles antique, Museon Arlaten
- Marseille : Musée Cantini, Musée d’archéologie méditerranéenne, Centre de la Vieille Charité
- Nice : Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain
- Berlin : Altes Museum
Commissariat
- Romy WYCHE, directrice du musée départemental Arles antique
- Ludovic LAUGIER, conservateur en chef, en charge des sculptures grecques au musée du Louvre
- Jean DE LOISY, historien d’art