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Un dinosaure inédit et vieux de 85 millions d'années découvert à Bouc-Bel-Air : ''Gare au maudit'' de Provence !

Un reptile préhistorique de près de 3 mètres de long, qui vivait dans les eaux douces de Provence il y a environ 85 millions d'années, vient de faire l'objet d'une étude scientifique internationale. Baptisé "Garamaudo bauciensis", cet animal découvert à Bouc-Bel-Air, est un cousin lointain des varans. Une découverte exceptionnelle qui révèle une nouvelle facette de la faune préhistorique provençale.

Published by Jean-Baptiste Fontana on 02/10/2026 - Updated on 02/10/26 17:28
Un dinosaure inédit et vieux de 85 millions d'années découvert à Bouc-Bel-Air :

On commence à connaître à quoi ressemblaient les premiers habitants de Bouc-Bel-Air : Il y a 85 millions d'années, bien avant que la Provence ne devienne le territoire que nous connaissons aujourd'hui, ce territoire était une région tropicale et humide, où s'étendaient des étangs et des milieux lacustres.

C'est dans cet environnement que vivait "Garamaudo bauciensis", un reptile aquatique dont les restes fossilisés ont été découverts dans le quartier de Sousquières, au sud de la commune, le long d'une route départementale.

Si l'on parle volontiers de dinosaure pour évoquer cette découverte, il s'agit en réalité d'un mosasaure, un reptile appartenant à un groupe proche des lézards et des varans, mais distinct des dinosaures. La plupart des mosasaures étaient des animaux marins, parfois gigantesques, qui peuplaient les océans au Crétacé. On les retrouver notamment dans Jurrassic World. Celui de Bouc-Bel-Air présente toutefois une particularité remarquable : il vivait en eau douce, il était bien plus petit et certainement bien moins méchant !

 

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Trois campagnes de fouilles pour reconstituer et comprendre un animal disparu

C'est à partir de ces fragments d'os que l'animal a pu être étudié

Cette découverte est le fruit d'un long travail de recherche, mené au fil de trois campagnes de fouilles, en 1997, 2018 et 2025, sur le site de Sousquières. Au fil des années, les équipes ont mis au jour différents fragments fossilisés, notamment des dents et des ossements, dont l'étude a permis de reconstituer progressivement le portrait de cet animal.

C'est en particulier grâce à la découverte d'un os appartenant à la région du crâne que les chercheurs ont pu assembler les différentes pièces de ce véritable puzzle paléontologique. L'analyse croisée des ossements, de leur morphologie et de leur structure interne a finalement permis d'identifier une nouvelle espèce, décrite dans une publication scientifique parue le 28 septembre 2026 dans le Peer Community Journal.

Les dimensions et les caractéristiques des os retrouvés laissent par ailleurs penser que les fossiles pourraient appartenir à deux individus différents. Une hypothèse qui reste à approfondir, alors que plusieurs blocs de roche et d'autres fragments doivent encore être étudiés. De nouvelles découvertes pourraient ainsi venir compléter les connaissances sur cette espèce.

Un reptile aquatique qui nageait comme une anguille et pouvait marcher sur terre

illustration ©Thierry TORTOSA

D'après les premières analyses, ce Garamaudo bauciensis mesurait environ 2,5 mètres de long, et peut-être jusqu'à 3 mètres selon les estimations réalisées à partir de ces ossements. Il se distinguait des mosasaures marins par ses membres, qui conservaient des doigts et une morphologie proche de celle des reptiles terrestres, plutôt que de véritables nageoires. 

L'animal n'était vraisemblablement pas un nageur particulièrement rapide. Il aurait plutôt évolué en ondulant son corps, à la manière d'une anguille, en s'aidant de sa longue queue. Son apparence devait ainsi davantage évoquer celle d'un grand varan allongé que celle des mosasaures marins aux nageoires puissantes.

Une deuxième découverte mondiale de mosasaure d'eau douce

Si cette découverte est exceptionnelle, elle n'est toutefois pas la première de ce type. Le premier mosasaure identifié dans un environnement d'eau douce a été découvert en Hongrie, avec la description de Pannoniasaurus en 2012. Le fossile provençal constitue donc une deuxième découverte majeure de mosasaure d'eau douce, appartenant à une lignée qui témoigne de la diversité écologique de ces reptiles au Crétacé supérieur.

Cette découverte permet notamment de mieux comprendre comment certains mosasaures ont pu s'adapter à des milieux continentaux, alors que la majorité de leurs cousins évoluaient dans les mers et les océans. Elle apporte de nouveaux éléments sur leur évolution et sur les différents environnements qu'ils ont colonisés. Car en allant dans des étangs et un environnement d'eau douce, ce mosasaure a probablement trouvé des conditions de vie plus faciles qu'en mer.

« Gare au maudit », un nom qui puise ses racines dans les traditions provençales

Au-delà de son intérêt scientifique, le nom de cette nouvelle espèce est également un clin d'œil à l'histoire et aux traditions de la région. Garamaudo bauciensis associe un nom provençal, "Garamaudo", et à une référence directe à Bouc-Bel-Air, avec le terme latin "bauciensis".

L'expression « Garamaudo », que l'on pourrait traduire par « gare au maudit !», trouve ses origines dans les traditions populaires provençales. À Allauch et à Pélissanne, certaines fêtes traditionnelles mettent notamment en scène des monstres aquatiques. Une ancienne expression provençale invitait également les enfants à se méfier des puits et des cours d'eau, en évoquant un monstre vivant sous l'eau : « Garamaudo ! », autrement dit, gare au monstre si on s'approche trop près de l'eau.

Pour Jean-Marc Perrin, conseiller départemental délégué à la paléontologie, « cette découverte met aussi en avant la Provence et ses traditions au niveau international ».

La Provence, un territoire tropical il y a 85 millions d'années

Thierry TORTOSA , conservateur de la réserve naturelle de la Sainte-Victoire et François-Louis Pelissier, chercheur et médiateur scientifique au Muséum départemental du Var devant une maquette de l'animal

D'autres animaux préhistoriques ont été découverts dans le secteur, notamment des tortues, des crocodiles et des dinosaures carnivores de la famille des raptors, de petits prédateurs parfois représentés par des espèces d'une trentaine de centimètres. 

À l'époque, les milieux fluviaux et lacustres occupaient une place importante dans le paysage, avec probablement de nombreux étangs. Ces conditions ont favorisé le développement d'une faune particulièrement diversifiée. La présence de lignite dans le bassin de l'Arc constitue également une trace de cet ancien environnement riche en végétation et en matière organique. 

Toutes ces découvertes montrent ainsi que la Provence abritait autrefois un écosystème complexe, dans lequel cohabitaient des animaux terrestres et aquatiques. Garamaudo bauciensis vient ainsi enrichir un patrimoine paléontologique local encore loin d'avoir livré tous ses secrets.

Cette découverte met également en lumière l'expertise scientifique développée dans les Bouches-du-Rhône. Le Département 13 dispose d'une organisation particulière, avec une subdélégation consacrée à l'archéologie et à la paléontologie. Une expertise qui s'appuie notamment sur les travaux des équipes du musée départemental de l'Arles antique, reconnues à l'échelle internationale, mais aussi sur les compétences des agents de la Réserve naturelle nationale de la Sainte-Victoire.

Le chercheur et conservateur Thierry Tortosa, qui travaille au sein de cette réserve naturelle pour le Département 13, figure parmi les scientifiques ayant participé à l'étude de Garamaudo bauciensis, aux côtés de Nathalie Bardet et Alexandra Houssaye, directrices de recherche au CNRS, de François-Louis Pelissier, chercheur et médiateur scientifique au Muséum départemental du Var, et d'Yves Dutour et d'Éric Turini du Museum d'Histoire naturelle d'Aix en Provence.

Une exposition plus importante consacrée à cette découverte et aux dinosaures de Provence doit également être proposée par le Département des Bouches-du-Rhône en 2027. Une occasion de découvrir les fossiles, de mieux comprendre les recherches menées sur le territoire et de plonger dans un passé où des reptiles aquatiques peuplaient les paysages provençaux.

Et l'histoire de Garamaudo bauciensis pourrait encore réserver des surprises : plusieurs blocs de roche attendent toujours d'être analysés, laissant espérer de nouvelles révélations sur ce reptile qui nageait dans les eaux de Bouc-Bel-Air il y a 85 millions d'années.

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