Le Delta Festival doit ouvrir ses portes ce jeudi 23 juillet sur les plages du Prado à Marseille, pour une 12e édition placée sous le thème du Carnaval de Rio. Mais à deux jours du lancement, l’événement traverse une période agitée, marquée par plusieurs retraits en cascade et des accusations visant sa direction. Le 17 juillet, dix collectifs annoncent sur leurs réseaux sociaux se retirer du festival : Dub Striker, FAI Virar, La Louve, La Wo, Minuit Rapide, MTOWN, Say Less, Solstitium, Undergroove et Twerkistan. Ils expliquent avoir eu connaissance de « faits qu’ils considèrent comme graves », rendant leur maintien dans la programmation impossible à leurs yeux.
Une enquête du média marseillais Marsactu a ensuite révélé que le président et cofondateur du festival, Olivier Ledot, était mis en cause par plusieurs femmes pour des faits de violences sexuelles et sexistes, remontant pour certains à plusieurs années. Ces témoignages émanent de femmes ayant été employées, sollicitées comme bénévoles ou ayant gravité dans l’entourage du festival lors de précédentes éditions.
Olivier Ledot conteste ces accusations, annonce se mettre en retrait temporaire de la direction opérationnelle du festival le temps que la situation s’éclaircisse, et indique vouloir engager des poursuites pour diffamation. À ce stade, aucune plainte pénale n’a débouché sur des poursuites judiciaires et il bénéficie donc de la présomption d’innocence.
Depuis le retrait des dix collectifs, les prises de position se succèdent côté artistes, avec deux types de réactions : l’annulation pure et simple de leur venue, ou le maintien de leur concert assorti d’un don de cachet à une association.
Dès le lundi 20 juillet, le DJ et producteur suisse Mosimann annonce sur ses réseaux sociaux qu’il ne participera finalement pas au festival ce jeudi 23 juillet. Il explique avoir multiplié les échanges avec les organisateurs pour trouver une solution, mais considère que les garanties financières, contractuelles, techniques et d’accueil nécessaires à son équipe ne sont plus réunies.
Au-delà de cet aspect logistique, l’artiste précise que les informations rendues publiques concernant la direction du festival l’amènent à considérer que le contexte actuel n’est « plus compatible avec les valeurs » qu’il défend, affirmant condamner fermement toute forme de violences sexistes et sexuelles. Il tient à préciser que sa décision ne vise ni les festivaliers, ni les bénévoles, ni les équipes du festival, à qui il adresse son soutien, et se dit dans l’espoir de pouvoir revenir prochainement « dans de meilleures conditions »
Le mardi 21 juillet, c’est au tour de Feder de décliner sa venue à la suite des accusations qu’il juge graves, estimant que les garanties nécessaires au bon déroulement de sa prestation — moyens techniques, sécurité des artistes et du public, engagements financiers — ne sont plus réunies. Trinix annonce également son retrait le même jour.
D’autres artistes ont fait le choix inverse : maintenir leur venue tout en reversant leur rémunération à une association. C’est le cas de Yann Muller, qui explique avoir longuement réfléchi à sa décision. Par respect pour les personnes ayant déjà acheté leur billet ou organisé leur déplacement pour venir le voir, il a choisi de ne pas annuler son concert — tout en précisant ne pas vouloir que sa présence soit perçue comme un soutien à la situation. Il a donc décidé de « reverser l’intégralité de son cachet à une association qui lutte contre les violences faites aux femmes ».
L’association environnementale Clean my Calanques, habituellement présente sur le Delta Festival pour sensibiliser le public à la protection du littoral, a également annoncé ne pas participer à l’édition 2026. Dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, l’association explique qu’il lui est impossible d’intervenir dans ces conditions.
"La situation dans laquelle se trouve le Delta est dûe à la responsabilité de l'agresseur présumé, mais aussi à la culture du V qui lui a permis d'agir en toute impunité. Des regards détournés, des mots silencés, une indifférence abjecte. Et c'est pour tout cela que nous refusons d'être présent·es sur cet évènement.
Il est impensable pour nous d'aller sur ce festival et de sensibiliser le public avec notre ton fun et positif habituel, alors même que nous sommes dégoûté·es par ces révélations. Ce ton ne serait tout simplement pas respectueux envers les victimes. Cette décision n'est pas facile à prendre, car au fil des années nous avons vu les stagiaires, les services civiques, les employé·es travailler d'arrache-pieds pour réaliser des actions à impact, en harmonie avec les propres valeurs de CMC."
L’association précise toutefois qu’elle ne souhaite pas faire porter les conséquences de cette décision à l’environnement : elle maintient sa participation au Clean my Delta, l’opération de nettoyage organisée chaque année au lendemain du festival, le lundi 27 juillet. Des bénévoles y ramassent habituellement chaque année des centaines de kilos de déchets et des milliers de mégots sur le littoral marseillais.
Cette crise intervient alors que le festival avait déjà dû s’adapter à un contexte économique tendu. Sur ses réseaux sociaux, l’organisation du Delta Festival évoque les difficultés économiques que traverse l’ensemble du secteur des festivals depuis la crise sanitaire, avec l’explosion des coûts d’organisation. Dès le mois de juin, pour dynamiser la fréquentation, le festival avait lancé une opération « 1 place achetée = 1 place offeret » face aux difficultés de billeterie..
Face à ces retraits en cascade, les équipes du Monde des Possibles et du Delta Festival ont publié un communiqué sur leurs réseaux sociaux, se disant animées par une volonté de transparence. Elles y affirment apporter « sans mesure et sans distinction, tout leur soutien aux victimes de violences et harcèlement sexistes et sexuelles » et assurent ne chercher « en aucun cas à dissimuler des éléments » pour préserver le festival, afin que la justice puisse faire son travail.
Les équipes confirment plusieurs mesures déjà prises : la mise en place d’une commission d’enquête interne, le retrait du coprésident de la direction opérationnelle, ainsi que son interdiction de présence sur le site du festival. Une adresse mail dédiée a également été ouverte pour recueillir témoignages et signalements : signalementsdelta@gmail.com . L’organisation dit par ailleurs soutenir les initiatives des associations WeTekCare et Soundsisters, qui ont mis en place des formulaires permettant aux personnes concernées de témoigner et d’être orientées vers des structures spécialisées.
Les équipes du Monde des Possibles et du Delta Festival annoncent maintenir leurs engagements et confirment que « la fête aura lieu, pour tous·tes »
Malgré ce contexte, le Delta Festival est pour l’heure maintenu du 23 au 26 juillet sur les plages du Prado.