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Un voilier de luxe suspecté d'avoir détruit l'épave d'un avion P38 dans la baie des Lecques

L'épave historique de l'avion P38 de la deuxième guerre mondiale qui git au fond de la baie des Lecques a été largement détruite par l'ancre et la chaine d'un navire ce jeudi. Les regards se tournent vers l'Orient Express Corinthian qui était précisément au-dessus de l'épave ce jour-là.

Published by Jean-Baptiste Fontana on 18/07/2026 - Updated on 18/07/26 16:31

Ce mercredi, huit plongeurs du club Anaya Plongée avaient exploré cette épave bien connue d’un avion P38 américain quasiment intacte par 40 mètres de fond au milieu de la baie des Lecques. Sans le savoir, ils étaient les dernier à explorer cette épave chargée de vie en plus d'histoire. 

Car ce vendredi après-midi, c’est un amas de ferraille qu’on découvert les plongeurs du club Lecques Aquanaut Center.

«Un spectacle de désolation, l’épave n'est plus qu'un amas de ferraille»

Les hélices ont été tordues par la violence du déplacement

« Nous n’avons plus reconnu l’épave , tout est détruit, ça nous a fait vraiment mal au cœur, on plongeait sur cette épave toutes les semaines » se désole Patrick Bellantonio, le gérant du club de plongée Lecques Aquanaut Center.

Un des plongeurs du club, a plongé dès vendredi sur l'épave et décrit son état :

"On ne reconnaît plus l’Avion P38 , on ne voit que des amas de métal dispersés sur un rayon de plus 15 m. En s'approchant on peut voir que l’avion a été soulevé puisque l’on peut passer sous certaines pièces. Des pièces de tôles sont saillantes Un moteur a été traîné sur 10 m. Il reste un morceau d’aile sous laquelle le homard a pu pour l’instant se protéger mais l’ensemble ne ressemble plus à un avion. La plongee sur le P 38 n’existe plus, désormais ce n’est plus qu’un amoncellement de pièces métalliques".

Des traces du passage d'une ancre au milieu de l'épave

On distingue les traces sur le sable liées au passage de la chaîne d'un navire

Il n’y a aucun doute sur l’origine de cette destruction : c’est bien une chaine et une ancre d’un navire qui l’ont retourné. Les plongeurs présents sur place ce vendredi ont identifié les traces typiques d’un mouillage sur le sable, qui traverse l’épave.

"Sur le fond on peut voir la trace d’un large sillon dans le sable" précise ce plongeur.

Le voilier Orient Express Corinthian a bien mouillé au-dessus de l’épave ce jeudi

Le tracé en rouge du voilier Orient Express Corinthian, et notamment son mouillage dans la baie des Lecques correspond parfaitement avec l'emplacement de l'épave © Données AIS / Cartographie SHOM

 

Selon l’historique de l’AIS, qui permet de positionner les navires, le voilier Orient Express Corinthian a stationné durant la journée de ce jeudi 16 juillet précisement au-dessus de l’épave du P38.

« Nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi ils ont mouillé là, c’est pourtant bien indiqué sur la carte marine qu’il y a une épave » s’interroge le gérant du club. Selon nos informations, le navire a du contacter le sémaphore pour définir ensemble sa zone de mouillage.

Sur la carte du SHOM, le service hydrographique et océanographique de la marine, il est cependant étrange de voir que cette épave cartographiée soit au milieu d’une zone de mouillage autorisée et délimitée pour les grands navires.

Une épave qui était dans un état de conservation unique dans la région

Avant sa destruction, l'épave du P38 était un spot de plongée très prisée, notamment pour son état de conservation excellent © Patrick Desormais / Lecques Aquanaut

Cet épave située à moins de 40 mètre de fond était particulièrement bien conservée jusqu’à ce jeudi. On reconnaissait bien la carlingue, ses moteurs et pales d’hélices, les ailes étaient encore quasiment intactes… 

C’est en 1996 que des plongeurs de ce même club avait découvert cette épave du P38, un avion américain de la seconde guerre mondiale semblable à celui dans lequel Antoine de Saint-Exupéry s’est crashé.

Cet avion des Alliés fut abattu par les Allemands le 27 janvier 1944, quelques mois avant le débarquement de Provence. Son pilote, James Riley, réussit à survivre au crash violent dans la baie et fut capturé, avant d'être libéré quelques mois plus tard et rentrer aux USA.

C’est donc une perte historique inestimable pour les plongeurs et historiens.

D’un point de vue légal, la destruction de vestiges archéologiques tels que des épaves est un délit puni de 150 000 euros d’amende et 10 ans d’emprisonnement.

Les services de l’Etat ont débuté leur enquête dès le départ du navire

Visiblement interpelés par la présence de ce navire au-dessus de l’épave, dès vendredi midi, c’est-à-dire quelques heures après le départ du voilier, une vedette de la SNSM et des équipes du DRASSM, l’organisme d’Etat en charge des fouilles subaquatiques, se sont dépêchées sur place pour tenter de vérifier si l’épave avait été touchée et constater les éventuels dégâts.

Dans la foulée, quelques heures plus tard, le préfet maritime a pris un arrêté pour interdire le mouillage et la plongée dans ce secteur. Il faut dire que l’endroit est plutôt bien surveillé par le sémaphore du Bec de l’Aigle, dont les militaires de la Marine Nationale ont pu observer visuellement tous les navires présents sur zone.

Le voilier de luxe Orient Express Corinthian a lui continué sa route vers Cassis vendredi matin puis le port de Marseille où il était présent ce samedi.

Le DRASSM pourrait lui faire un signalement au parquet de Marseille pour "destruction de bien culturel".

 Crédits photos / videos de l'épave : Lecques Aquanaut Center

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