Certaines expositions impressionnent par la richesse de leurs collections. D'autres marquent parce qu'elles offrent une véritable expérience. À Hyères, le musée de la Banque réussit les deux. Dès les premiers pas dans les salles, impossible de rester simple spectateur. Les sculptures d'Alexander Calder réagissent au moindre souffle d'air, les ombres se déplacent sur les murs et les couleurs semblent dialoguer avec la lumière. Ici, rien n'est figé. L'œuvre vit, évolue et surprend à chaque instant.
Impossible de manquer les deux mobiles qui accueillent les visiteurs. Projet pour un monument s'élève au centre de l'espace tandis que Les Trois Soleils jaunes flotte au-dessus des têtes. À eux seuls, ils résument le génie de Calder : transformer quelques formes simples en une chorégraphie permanente où chaque mouvement paraît naturel.
Ce jeu subtil entre équilibre, vide et mouvement est devenu la signature de l'artiste américain. Une révolution née dans les années 1930 après sa découverte de l'univers du peintre Piet Mondrian.
Comme le rappelle Karine Borello, commissaire de l'exposition, Calder admire alors les compositions abstraites de Mondrian, mais imagine déjà leur donner une nouvelle dimension : celle du mouvement. Une intuition qui changera durablement l'histoire de la sculpture moderne.
Réduire Calder à ses célèbres mobiles serait pourtant passer à côté de l'étendue de son talent. L'exposition hyéroise prend justement le parti de montrer toutes les facettes de son œuvre.
Les visiteurs découvrent des sculptures en bronze comme L'Étoile de mer ou La Danseuse, dont les formes semblent défier les lois de la gravité. Plus loin, les dessins et les gouaches dévoilent un artiste fasciné par la ligne, le contraste et la couleur, utilisant principalement le rouge, le jaune, le bleu, le noir et le blanc.
Au fil du parcours apparaissent également ses lithographies, auxquelles il se consacre particulièrement dans les années 1960. Une manière pour lui de rendre son travail accessible à un public toujours plus large.
Avant d'être l'un des grands noms de l'art moderne, Alexander Calder nourrit une passion inattendue : le cirque.
Illustrateur aux États-Unis, il passe des heures à dessiner animaux et acrobates avant d'imaginer son célèbre Cirque Calder, un spectacle miniature qu'il anime lui-même devant ses proches à Paris. Véritable théâtre d'objets, cette création est aujourd'hui considérée comme l'un des premiers happenings de l'histoire de l'art.
Même si cette œuvre emblématique est actuellement présentée à la Fondation Louis Vuitton, à Paris, l'exposition de Hyères en raconte les origines grâce à plusieurs dessins rarement montrés ensemble.
Les 69 œuvres réunies au musée de la Banque proviennent toutes des collections de la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence. Elles témoignent de la relation privilégiée qui s'est construite entre Calder et Aimé puis Marguerite Maeght à partir de la fin des années 1940.
Au-delà des expositions, cette collaboration donnera naissance à plus de 200 lithographies éditées par Maeght, contribuant largement à faire connaître l'œuvre de l'artiste auprès des collectionneurs comme du grand public.
Plus qu'une simple rétrospective, Calder, Équilibre en couleurs rappelle combien l'art peut être vivant. Chaque visite est différente : un courant d'air modifie la position d'un mobile, une lumière transforme une ombre, un détail jusque-là invisible attire soudain le regard.
Dans une époque où tout semble aller vite, l'exposition invite au contraire à ralentir, à observer et à laisser le mouvement opérer.
Un rendez-vous estival qui séduira autant les amateurs d'art moderne que les visiteurs simplement curieux de découvrir un univers où l'équilibre devient poésie.
Calder, Équilibre en couleurs est présenté au musée de la Banque à Hyères jusqu'au 31 octobre. Le musée est ouvert du mardi au vendredi de 11 h à 19 h, le samedi de 15 h à 19 h et le dimanche de 10 h à 14 h. Tarif : 7 euros.