C’est le premier jour de juillet et la carte des fermetures des massifs a déjà viré au rouge vif en Provence. A l’occasion d’un brief avec la presse, le lieutenant-colonel Pascal Bergé des Pompiers des Bouches-du-Rhône fait ce constat : « Aujourd'hui on a l'ensemble des zones en très sévère sur l'ensemble de l'arc méditerranéen. On vient d'apprendre même qu'on a une zone qui passe en risque extrême dans les Bouches-du-Rhône. »
« Nous rentrons aujourd'hui dans une phase assez inédite pour un 1er juillet, avec dans un régime de conditions météorologiques assez complexes : un mistral fort et chaud qui va se lever en continu pendant 72 heures, avec des températures élevées au-delà de 35°C, ainsi une hydrométrie très faible. Ce sont des éléments qui rendent la situation plus critique» lieutenant-colonel Pascal Bergé des Pompiers des Bouches du Rhône
Pour cela, les pompiers 13 déploient dès maintenant un dispositif renforcé sur le terrain: « Ce mercredi, nous avons 396 pompiers en plus sur le terrain des 500 pompiers qui sont de garde dans les casernes, dans les 59 centres de secours du département des Bouches-du-Rhône. » précise Pascal Bergé.
C’est une carte qui devrait être jaune et verte en cette fin juin, mais qui est quasiment toute rouge. La végétation est à un niveau de sensibilité très fort concernant les risques incendies cette année.
« Je ne veux pas tomber dans le catastrophisme, mais nous avons cette année un état de sécheresse un mois en avance.» confiait ce vendredi 24 juin le contrôleur général et chef des sapeurs pompiers du Var Eric GROHIN.
Dans la majorité des massifs, dans le Var comme dans les Bouches du Rhône, les dernières pluies notables remontent à début mai. Il y a bien eu quelques orages, mais ils sont en général très localisés et peuvent aussi parfois déclencher des incendies avec la foudre.
Avec le vent et la chaleur, c’est un effet « sèche cheveux » qui attise les flammes et complique le travail de lutte contre les incendies : un cocktail explosif avec plus de 30° dans l’air, une hydrométrie à moins de 30% et surtout un vent à plus de 30km/h. Météo France annonce des rafales à plus de 75km/h sur une large partie de la Provence cette semaine.
« C’est une année qui ressemble à 2003. En cette fin juin, c’est comme si on était déjà fin juillet » s’inquiète Eric GROHIN.
Car 2003 reste dans toutes les mémoires de pompiers car cette année là : le Var avait été particulièrement touché avec 7 incendies d’ampleur, notamment dans l’Estérel et les Maures, avec trois pompiers décédés, brûlés vifs dans leur camion. La France avait été touchée par un épisode caniculaire comparable à cette année mais bien plus tard dans la saison.
23 ans plus tard, les pompiers du Var peuvent compter sur un important dispositif humain : lors des journées à risques, les 450 pompiers stationnés en caserne sont épaulés par une vingtaine de groupe prépositionnés pour intervenir au plus vite. Cela représente près de 1200 sapeurs-pompiers dans le Var prêts à intervenir sur le terrain.
Dans les Bouches du Rhône, c’est à peu près le même chiffre : environ 600 pompiers peuvent être exceptionnellement déployés sur le terrain, en plus des 500 en caserne et de ceux du Bataillon des Marins-Pompiers pour la commune de Marseille. Et en cas de risque vraiment exceptionnel, les pompiers peuvent compter sur le soutien de groupes d’interventions venus d’autres régions de France voire même de la solidarité européenne en cas de sinistre majeur.
Ainsi, dès cette semaine, une colonne venue des Hautes Alpes et des Alpes de Haute Provence est arrivée sur le littoral. 24 pompiers italiens sont également présents à Velaux, dans le cadre d’un partenariat européen programmé de longue date et disponibles pour renforcer leurs homologues provençaux.
Si la doctrine n’a pas fondamentalement changée en 20 ans, les pompiers peuvent compter sur de nouveaux matériels plus efficaces et résilients, notamment des camions lourds de lutte contre les gros feux, capable de projeter un véritable mur d’eau pour lutter contre les flammes.
Dans le ciel, l’appui aérien est cependant différent : nous sommes passés de 14 Canadair à seulement 11 opérationnels cet été. De quatre nouveaux appareils ont été commandés, deux arriveront en 2028 et deux autres en 2032.
En attendant, la Sécurité Civile dispose néanmoins désormais de 7 Dash qui ont remplacé les Tracker et qui assurent un « guet aérien » essentiel.
Lors des journées à risque comme aujourd'hui, ces avions patrouillent en continu au dessus du ciel provençal, prêts à intervenir massivement sur les premiers départs de feu.
Les deux départements disposent aussi d’une flotte d'hélicoptères bombardiers d’eau, 4 pour le Var et 5 dans les Bouches du Rhône. Eux aussi permettent une arrivée très rapide et efficace sur les feux naissants.
Pour détecter les points chauds, les Pompiers 13 disposent aussi d’un avion innovant : Horus. Ce petit aéronef survole les massifs lors des journées à risque et complète le dispositif des vigies pour détecter au plus vite les points chauds synonymes de départ de feu.
Car c’est bien la doctrine française : taper fort et rapidement pour éteindre au plus vite les départs d’incendie. Dans le contexte météo de ces prochains jours, cette stratégie est une nécessité qui n’offre pas d’alternative.
Avec un vent fort, une sécheresse et des températures élevées, il devient alors très difficile de lutter contre des feux qui prennent de l’ampleur. Les scénarios de l’incendie de Gonfaron en 2021 (8000ha) ou celui de l’Aude en 2025 (16000ha) le rappellent : Malgré tout le courage et le savoir-faire des pompiers, leur travail reste limité face aux méga-feux avec la priorité de protéger les habitations et tenter de contenir la progression du feu, notamment la nuit sans l’aide des moyens aériens.
Cette stratégie a parfaitement fonctionné jusqu'à présent dans les deux départements cette année. Depuis le début de l'épisode de canicule on relèvre presque une dizaine de départs de feux dans le Var et les Bouches-du-Rhône chaque jour, et jusqu'à présent, le travail rapide des pompiers a toujours permis de les fixer très rapidement protégeant ainsi les massifs et les populations potentiellement menacées.