Voici les quatre escales incontournables de cette édition, enrichies des confidences que les artistes nous ont accordées.
*Sculpture*
C’est une démarche d’une rare originalité que propose Fabrice Magnée. Sculpteur autodidacte depuis 2001, il entretient une relation singulière avec le métal. Son matériau de prédilection ? Des clous anciens forgés, datant d’avant 1850.
Travaillant de manière brute, à la tenaille, au pied-de-biche ou à la hache, il extrait ces clous parfois impossibles à récupérer autrement. Les déformations provoquées par cette opération deviennent alors la matière première de personnages étonnamment expressifs.
Inspiré par les passants qui partagent un même espace tout en suivant des trajectoires différentes, il transforme le métal en silhouettes vivantes.
« Ces clous deviennent des marcheurs, des funambules ou encore des échassiers dans une architecture nouvelle qui fait écho à l’ancienne », explique-t-il.
Pour l’artiste, « l’instinct, l’instant et le hasard sont des instruments essentiels dans l’émotion de l’atelier ». Et de conclure : « Les sculptures deviennent des histoires ressenties, racontées et écrites par le public. Le regard du visiteur prolonge l’œuvre. »
*Céramique murale — Jardin des Étuves (2, rue des Étuves)*
Architecte de métier, Noémy Meney s’est tournée vers la céramique en 2018 après une formation professionnelle. Ce qui l’a immédiatement séduite, c’est le contact brut avec l’argile, sa malléabilité et la liberté d’expression qu’elle offre. Créant exclusivement des formes abstraites, son travail invite au voyage immobile et à la contemplation.
Exposant depuis trois ans, elle se consacre à la céramique murale et explore notre rapport au territoire et à l’écologie. Ses œuvres s’inspirent directement du langage de la cartographie. À la manière de vues satellites, elle prend de la hauteur pour s’éloigner du figuratif et permettre à chacun de s’approprier ses paysages imaginaires, ses falaises ou ses mers méditerranéennes.
« Je me suis inspirée d’images de la Terre vues par satellite. Lorsqu’on les contemple, le temps semble s’arrêter. J’avais envie de transmettre cette même sensation de sérénité », explique-t-elle.
L’artiste conçoit ses créations comme « des cartes de pays imaginaires », interrogeant notre lien au territoire, notre manière de l’habiter et les enjeux écologiques qui lui sont liés. « Je cherche à prendre du recul sur ces espaces, non pas pour les représenter de manière figurative, mais pour que chacun puisse se les approprier », précise-t-elle.
Dans sa série Mirage, qui évoque des utopies suspendues — est-ce une île, un arbre, un fragment de paysage ? —, elle met en valeur la matière brute et les nuances délicates de la faïence blanche. Une véritable machine à rêver.
*Peinture*
Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris, Corinne Pradier porte le dessin et la peinture en elle depuis toujours.
« Aussi loin que je me souvienne, ou que l’on me l’ait raconté, je me suis exprimée par le dessin avant même de savoir parler », confie-t-elle.
Pour elle, le paysage seul n’a guère d’intérêt : seule compte la représentation de la vie humaine.
Chaque toile naît d’un fond texturé dans lequel le personnage vient progressivement s’inscrire jusqu’à fusionner avec son environnement. Son œuvre, profondément engagée, interroge la place de l’être humain, parfois empêché dans son existence, mais toujours relié au vivant.
« La peinture consiste à emmener les gens quelque part. Ce ne sont pas des portraits, mais des représentations de la vie humaine. C’est comme prendre le spectateur par la main et le conduire ailleurs, pour voir quelle émotion naîtra en lui », explique l’artiste.
Ses personnages, à la fois précis et mystérieux, laissent une grande place à l’interprétation : « Tout est à la fois précis et ambigu. C’est le regard du spectateur qui oriente le personnage dans un sens ou dans un autre. Comme dans la vie, il existe toujours deux mouvements : avancer ou rester immobile. Ce n’est pas seulement regarder une œuvre, c’est accepter de se laisser emporter. »
Ne manquez pas sa fascinante série de femmes aux cheveux très clairs, presque blonds, dont la présence magnétique évoque un retour contemporain à la figure des sorcières.
*Sculpture et design — Jardin Mérindol (12, rue Mérindol)*
Ancien designer de chaussures de renom, Bernard Figueroa applique aujourd’hui son sens aigu de la ligne, du volume et du mouvement à la sculpture. À la frontière de l’art et du design d’objet, ses créations possèdent souvent une double identité : une sculpture peut devenir luminaire ou table basse, tandis qu’un objet fonctionnel revendique pleinement son statut d’œuvre d’art.
Son travail se distingue par un goût prononcé pour l’expérimentation et les dialogues entre les matières.
Comme il l’explique lui-même, son objectif est de « faire communiquer les matériaux entre eux », en associant notamment la terre, le verre et le bois dans une même dynamique créative.
Comme le souligne le critique Xavier Girard, ses œuvres ressemblent à de véritables « projets de monuments » miniatures, à la fois ludiques et poétiques, qui semblent exécuter leur propre « solo de folie » sous le regard du promeneur.