Cette année, onze soirées de concerts sont programmées : cinq au nouveau Parc Henri Fabre, quatre dans le cadre majestueux de la Vieille Charité, une au Conservatoire Pierre Barbizet et une sur le toit-terrasse de la Friche Belle de Mai. À cela s'ajoutent vingt-trois dates dans les villes et villages de la Métropole Aix-Marseille-Provence, confirmant la volonté du festival d'aller à la rencontre de tous les publics.
Une édition placée sous le signe de la transmission, de l'ouverture et de l'émotion.
L'émotion était particulièrement présente lors de la conférence de presse début juin. Hughes Kieffer, le directeur artistique du festival a tenu à dédier cette édition à Sonny Rollins, géant du saxophone disparu le 25 mai dernier à l'âge de 95 ans.
Programmé à Marseille en 2012, celui que beaucoup considèrent comme l'un des plus grands jazzmen de tous les temps incarnait à lui seul l'esprit de liberté qui traverse le festival.
Pour lui rendre hommage, Hughes Kieffer cite Edgar Morin, autre grande figure disparue quelques jours plus tôt :
"La vie n'est supportable que si on introduit non pas de l'utopie ou de l'esprit, mais de la poésie"
Une citation qui résume parfaitement l'âme de cette édition 2026.
Au-delà des concerts, Marseille Jazz revendique une vision profondément humaniste de la culture.
« Nous ne voulons pas juste être un festival. Nous voulons être un festival qui pense la culture comme un bien commun », affirme Hughes Kieffer.
Dans un monde traversé par les tensions et les replis identitaires, le directeur rappelle également que le jazz demeure une musique profondément politique.
Né il y a plus d'un siècle dans la souffrance, les discriminations et l'injustice, le jazz a pourtant su produire « des fruits lumineux, des sons d'harmonie et des rythmes d'émancipation inarrêtables ».
Une philosophie qui irrigue toute la programmation.
L'une des grandes orientations de cette édition est la mise à l'honneur des artistes féminines.
De la chanteuse franco-sénégalaise Awa Ly à la Brésilienne Xênia França, en passant par la cheffe d'orchestre Leïla Olivesi, la harpiste Julie Campiche ou encore la révélation Gildaa, les femmes occupent une place centrale dans cette programmation.
Notre coup de cœur va à Julie Campiche qui présente un projet inspiré d'une phrase de Virginia Woolf : « Souvent dans l'histoire, anonyme était une femme ». Une création délicate et engagée qui rend hommage aux femmes effacées des récits officiels.
Xênia França, figure montante de la scène afro-brésilienne contemporaine, dont la musique mêle jazz, soul et militantisme féministe. Un concert à ne pas rater.
Impossible de passer à côté d'Ezra Collective.
Sacré meilleur groupe de l'année aux Brit Awards après avoir remporté le prestigieux Mercury Prize, le quintet londonien représente aujourd'hui le renouveau du jazz britannique.
Leur mélange explosif de jazz, afrobeat, hip-hop et groove promet l'un des concerts les plus festifs de cette édition.
Le festival les attendait depuis plusieurs années. Le public marseillais aussi.
Cette édition 2026 réussit également à faire dialoguer les générations.
Le mythique Sun Ra Arkestra débarquera à Marseille avec son jazz cosmique et son univers hors norme, perpétuant l'héritage du pionnier de l'afrofuturisme plus de soixante-dix ans après la création du groupe.
Le festival se clôturera avec un moment exceptionnel : Marcus Miller et son projet « We Want Miles ! », hommage au génie de Miles Davis. À ses côtés, plusieurs musiciens ayant accompagné la légende américaine dans les années 1980.
Une clôture à la hauteur de l'événement.
L'un des plus beaux hommages de cette édition. José James et China Moses revisitent l'album culte I Want You de Marvin Gaye pour son cinquantième anniversaire. Une soirée qui s'annonce aussi élégante que soul.
Entre spiritualité soufie, poésie arabe et jazz contemporain, l'artiste égyptien promet l'une des expériences les plus intenses du festival. Sa rencontre avec Erik Truffaz constitue un véritable événement.
Passée par les Trans Musicales, les Inouïs du Printemps de Bourges et le Winter Jazz Fest de New York, Gildaa est sans doute l'une des découvertes les plus singulières de cette programmation. Poétique, inclassable et profondément libre.
Pour la soirée de clôture, le collectif japonais culte révélé par Gilles Peterson fera souffler un vent de funk, d'acid jazz et de broken beat sur le Parc Henri Fabre. Un rendez-vous idéal pour finir le festival en mouvement.
Le festival continue également son travail de fond auprès des plus jeunes.
« 6 000 enfants vont découvrir la musique grâce au festival », a rappelé Clara Jaboulay.
À travers les actions d'éducation artistique, les concerts dans les écoles, les ateliers et les dispositifs d'accès à la culture, Marseille Jazz poursuit son ambition de transmission.
Pour Clara Jaboulay, le festival reflète parfaitement l'identité marseillaise : « Avec ce festival, Marseille affirme ce qu'est une ville de métissage des cultures. »
Une ville ouverte sur le monde, où les influences se croisent et se répondent.
Dans un contexte où le monde culturel demeure fragile, plusieurs intervenants ont évoqué les interrogations liées aux financements publics.
Une inquiétude mesurée, mais bien réelle. Comme l'a résumé Nicole Joulia, vice-présidente dédiée à la culture au Département 13: « La résistance est une espérance, comme disait René Char, Certes, nous sommes inquiets. Il n'y a pas eu de baisse des subventions, mais pas d'augmentation non plus. C'est une inquiétude accompagnée d'espérance. »
Une formule qui pourrait servir de fil rouge à cette édition 2026.
Car au fond, Marseille Jazz des Cinq Continents continue de défendre la même conviction depuis plus d'un quart de siècle : la culture demeure l'un des plus puissants outils pour faire société, créer du lien et imaginer des futurs communs.