Le
Festival des Nuits du Château à
Solliès-Pont, c’est avant tout un cadre très
particulier : une scène disposée dans le parc
dudit château et un éclairage de ses murs de
brique du plus bel effet. L’atmosphère
est aussitôt créée et les gradins
se remplissent, le parc s’anime en attendant la montée
sur scène du chanteur Tété,
qui sera le châtelain d’un soir.
«
Le Sacre des Lemmings et Autres Contes de la Lisière
», le titre de son dernier album sonne comme
un conte, énigmatique, il faut avoir parcouru
le livret pour en apprendre d’avantage.
Un peu comme La fontaine utilisait l’anthropomorphisme
pour dépendre les travers de son temps, Tété
applique une « grille de lecture »
humaine aux comportements de ces petits rongeurs. Vous
l’aurez compris, les lemmings ne sont autres que nos
pairs ; derrière les
balades entraînantes et les rythmes folk se cachent les maux de notre
époque.
Une
petite mélodie (que tout le monde semble reconnaître)
se fait alors entendre. Le public s’approche, calmement,
et c’est coiffé d’un chapeau blanc et
armé d’une guitare que ce « troubadour
de la chanson française » reprend les
notes à la volée pour nous chanter «Le
fils de Cham », un de ses morceaux phares
qui évoque la situation des Noirs dans le monde.
Titre d’autant plus notable qu’il est révélateur
de la personnalité de Tété et de sa
philosophie d’artiste : « Changer le monde
/ S'il se peut / L'adoucir / A défaut d'en être
la lie », voilà à quoi aspire notre
conteur d’origine sénégalo-antillaise.
Il chante la solitude sur des accords légers
et le déracinement avec une valse, on sait maintenant
que la lecture de ses chansons est toujours à deux
niveaux.
Le
cœur du public, déjà assez réceptif,
suit avec régal les changements de rythmes. «
Emma Stanton », « La Ballade De Oogie
Tsuggie », Tété revisite même
ses précédents opus. Quelques groupes dans
la foule connaissent les paroles par cœur et aiment
à le faire savoir, l’ambiance est à
la fête.
«Et maintenant la partie « conscience sociale » du concert » : C’est « la relance » et « « A flanc de certitudes » qui sont joués, morceaux qui écorchent avec grâce (« deux pas de deux, en entrechat ») nos politiques et leur « langue de bois ». Plus tard, c’est « A la faveur de l’automne » que le public plébiscitera.
Après
une courte pause, Tété reviendra seul
sur la scène avec des vers plus intimistes
(« Aisé ») : « Comment veux-tu
que l'on aime / Quand on ne sait même pas / Comment
se prendre soi-même?». Les murs du château
se transforment, le temps de la chanson, en nébuleuse.
Il finira sa prestation par une reprise de Bob Marley («Redemption
Song »). Tété ne boude
pas son plaisir et le public est aux anges. Après
avoir joué un inédit, il lèvera son
chapeau à la foule.
Reportage Remi Barra / photos JB Fontana