Le thème de l'étranger, largement et banalement commenté ces derniers temps, suscite donc toujours les mêmes interrogations.
Qui est t-il ? D'où vient-il ? Que devient-il ? Que veut-il ?
L'étranger est indissociable de la cité, « il est celui qui est différent, qui n'est pas du pays ...mais qui au fil du temps se sédentarise. » Sans étranger la cité n'existe pas. Car la ville c'est le lieu où l'on vient d'ailleurs. La ville s'enrichit au fil du temps des différences des individus qui la composent.
Marseille en est l'illustration. Elle s'est nourrie de ses communautés, elle est l'aboutissement des flux qui ont façonné son image de cité cosmopolite.
Mais connait-on vraiment ses étrangers ? Ne pourrait-on poser un autre regard sur eux et tenter ainsi de mettre fin aux clichés encore bien présents ?
Monica Ruiz.B, photographe, est une "étrangère". Née en Colombie, elle a vécu successivement en Amérique latine, aux Etats Unis puis en France. Elle réside à Marseille depuis 1994.
Son projet ? Nous présenter treize portraits. Treize hommes ou femmes qui un jour se sont arrêtés dans cette ville, l'ont adoptée et y sont restés pour se réaliser.
Au delà de ces visages c'est treize parcours professionnels et personnels qui sont donnés à voir, treize marseillais venus de treize pays différents, investis dans la vie de leur cité. C'est appréhender ces personnes au-delà de leur statut politique ou économique mais en tant qu'individu propre avec leur histoire et cette volonté de construire une vie ailleurs que dans leur pays natal.
Cet attachement à Marseille, le photographe se propose de le visualiser en laissant son sujet choisir le lieu de la prise de vue. Quel est l'endroit, le monument, le quartier... de Marseille auquel il souhaite être associé ? Quel est ce lieu qui pour eux constitue le symbole de ce qui les lie à cette ville et qui devient le trait d'union entre leur vie à Marseille et ce qui a précédé.
Enfin, en photographiant cette personne et ce lieu on accède à sa mémoire.
En nous livrant son choix la personne nous ouvre sa mémoire, un fragment de mémoire à un instant donné. Un moment fugace qui pourrait constituer une trace indélébile, fixé par le photographe, si le temps lui-même ne modifiait pas ce même souvenir.
A peine celui-ci semble fixé qu'il est déjà différent chez celui qui nous l'a donné à voir. Car le temps change immuablement la perception de notre mémoire dans le flux permanent de notre existence.